mercredi 27 juin 2012

Dans le jardin de mon père / 16 / Il faut faire attention





Je vois bien les coupures et les ongles terreux. Les départs au réveil et les retours pour la soupe. Je sais bien que ça ne tombe pas du ciel ce qui bouche le bec. Je regarde mon assiette mise sans m’interroger plus. Je croque les fèves vertes et les radis que j’aime tronçonner sur des bouchées de pain beurrées. Un large « pain de quatre » au dos farineux préalablement signé par papa d’une symbolique croix, à la pointe de l’opinel.
J’ai l’insouciance et l’égoïsme de l’enfance. J’entends pourtant maman m’opposer : « Tu connais pas ton bonheur » et me seriner : « il faut faire attention ». Papa, lui, ne me dit jamais rien. Les fruits qui peignent la corbeille et les légumes qui ornent la table ou mijotent sur la fonte parlent pour lui. Moi, l’enfant joueur des allées, j’ai du mal à démêler, dans sa joie silencieuse les nourritures terrestres et les cueillettes immatérielles de son jardin.

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