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jeudi 1 avril 2010

Blues du poisson d'avril




Je n’irai plus en enfance
Je sais que le loup y est
Je n’irai plus dans ses jeudis
Echanger mes billes de terre
Contre des timbres Leroux.

Je n’irai plus en enfance
Je sais que la nuit y est
Je n’irai plus goûter la chair
Pêcher au bord du cœur
La langue réglisse.

Je n’irai plus en enfance
Je sais que la mort y est
Je n’irai plus dans son avril
Chatouiller le gai grillon
Effeuiller le soleil fou.

Je n’irai plus en enfance
Je sais que vous y êtes
Je n’irai plus agneau béni
offrir mon âme sauvage
A l’hameçon de vos croix.

samedi 20 mars 2010

Blues du printemps

Nous jacassons
Pour nous dire
Coupons parole
Au monde

La terre se tait
Dit en violette
Ce qu’elle sent
Dans son cœur

Nous pensons peu
Tranchons beaucoup
La terre suce
Sa pâquerette.

lundi 1 mars 2010

Blues de la vigilance rouge




















Quel orgueil de maître

Nous a ainsi enhardis

Contre le muscle terrestre

La cadence du souffle


Quel impudent commerce

Cassant les encolures

Sur nos prises avides

Nous a ainsi éloignés


Quel cœur insouciant

Nous a ainsi désaccordés

Des mélancolies marines

Des dérobements sauvages


Quelle vision de maître

A disjoint nos langues

Arraché de nos forces

La vigilance native.

lundi 22 février 2010

Blues du vent turbulent

















Il suffit d’un train

Au loin qui cliquette

Pour enlever la tête

Au moelleux des nuages


Du détour d’un vent

Un peu turbulent

Pour cueillir au passage

L’enfant du voyage


Le pousser au coin

Puis à conjuguer

A tous les temps

Le verbe rêvasser.

mardi 16 février 2010

Blues de la bise un peu plus feutrée



Parce que le temps change

Ses couleurs sur ta joue

Parce que tu t'effeuilles

A fleur de lumière

Parce que tu brûles

La lingerie du givre

Parce que neige ta peau

Sur la buée de mes yeux

Parce que le temps rêve

Autour de ton visage

Parce que ton cœur nu

M’attrape à pas de loup

Parce que la bise venue

Ne feutre pas tes lèvres

Je trouve le fond de l’air

Plutôt piquant d'amour.

mardi 9 février 2010

Blues de René Char

Porteront rameaux ceux dont l’endurance sait user la nuit noueuse qui précède et suit l’éclair.


Sous cette aile déchirante

Quitter le petit jour

Dans la bouche ce noyau

D’angle ce silex matinal

Aller debout tenir

Sur cette crête d’encre

La gorge desserrée

Par ce chant d’alouette

A travers la grisaille

Avancer vers l’autre

Percer son cri semblable

Son âme charbonneuse

A notre présent nu

Enter ce scion cinglant

Aller le cœur éclairci

Sous cet essor d’encre.

mercredi 13 janvier 2010

Salut Solo




La liberté se pave d'un linceul de regrets. Mais ai-je vraiment eu tort.
Tous les chemins ne mènent-ils pas à la mort? Qui n'échangerait pas cent ans d'ennui contre trente cinq ans de vie. J'ai voulu voler pas voulu marcher voulu réchauffer ma couenne de papier. Voilà ce que Mano Solo chantait en 1997 sur "Je ne sais pas trop". Sa voix déchirait la chambre de Manon ma fille. Sa voix en douleur rockant sa colère contre le chômage ou l'exclusion, guinchant l'amour, flamenquant le cafard ou bluesant le sida. Ces paroles collées à la peau qui bouleversaient ma fille.
J'entendais cet à vif en sachant qu'il criait la brûlure de ces années sida qui mettaient en lambeaux ma propre jeunesse libérée et chantante, mes illusions de lendemains révolutionnaires, de plein emploi, bonheur acquis et sans préservatif...
Mano Solo de son vrai nom Emmanuel Cabut, fils de Cabu ne perdra pas sa colère dans de tristes vieillissements. Il est mort ce 10 janvier à 46 ans.
Je pense à ma fille.

dimanche 20 septembre 2009

Au bonheur, au bonheur!

Mon premier se prénomme Amine, il est le héros involontaire et malheureux d’une série B auvergnate « Il n’y a pas de fumée sans Hortefeux ».Mon second Malik, saigneur des anneaux, est le Prophète des barreaux, le gilette deux lames du très long métrage de Jacques Audiard qui rase gratis le moindre battement d’humanité. Sorte d’épopée communautariste sauvage d’un self-made caïd malgré lui, petite frappe qui nous saoule de coups jusqu’au ko sous un ciel si bas que s’y cognent les cerfs. Mon dernier, Samir sort aussi de tôle pour retrouver sa rue et son père un formidable Jean Pierre Bacri dans « Adieu Gary ».Petit film avec un budget d’arête mais gonflé à l’hélium de la fraternité. Un gros cœur ouvrier qui s’éteint dans la « maison du peuple » avec le démantèlement de l’usine locale dont Bacri entretient le dernier rouage. Dans un carton-pâte de western, que traverse la figure mythifiée de Gary Cooper, l’amour et la solidarité remplissent doucement le sablier d’un moyen métrage dont on sort avec une dose de bonheur à délaisser les dealeurs pendant plusieurs jours.
Le bonheur voilà donc un sentiment bien intime que chacun estime aux rayons qui entrent par sa fenêtre. Sentiment donc bien relatif dont la mesure varie sur l’échelle des attentes des uns et des autres. Alors pourquoi tout à coup cette volonté de notre Chouchou de s’en mêler ; Quelle dard le taraude au point de vouloir transformer le PIB en BNB le bonheur national brut ? Le pourfendeur des éclaircies soixante-huitardes, le bretteur du « travailler plus », le forgeron du bouclier fiscal, le casseur du service public, aurait-il, avec la crise, retourner sa Rolex, ou ne cherche-t-il pas de nouveau à brouiller les cartes, à embrouiller le crédule qui manque encore à sa future réélection ?
Le libéralisme qui a précipité dans la précarité nombre de citoyens a radicalement perverti la notion du bonheur. Aujourd’hui il est fondu dans la consommation jetable, coulé dans la possession mimétique. Il n’est authentifié que dans l’apparence, L’ostentation. « Bonheur d’avoir, d’avoir plein les armoires… », Voilà le seul crédo des marchands de bonheur pour « la foule sentimentale ».
Alors qui peut croire le cinéma de ces mauvais acteurs économistes et politiques qui depuis des années jouent aux apprentis sorciers au détriment du bien public. Non le bonheur est une chose trop fragile pour être laissé aux manipulations de n’importe qui.

dimanche 24 mai 2009

Mister Bob Dylan


A systole régulière, notre melting pote Zimmerman vient cocher notre diagramme de pèlerin sur cette foutue terre où combien de nos rêves ont été écrabouillés depuis les sixties. En 47 ans le virginien a balancé quarante sept soucoupes de folk blues dont la plupart ont laissé des traces étoilées dans nos jours de coton. Voilà qu’aujourd’hui atterrit sur l’aire viciée de nos country together through life, un ovni incandescent sur nos planchers des vaches, avec en prime soufflante d’accordéon. Et là le Bob nous balance deux merveilles pour le prix d’un kilo de beef, un cd de déhanchement et un autre où défile sa bio musicale, le truc pour piquer au bourdon nos cœurs nostalgiques ou rappeler aux jeunots nos trips de vieux enfants de la fratrie.
Ensemble à travers la vie titre le disque et c’est bien ce sentiment de traversée du temps qui nous submerge, ce sentiment d’intemporalité d’une musique où les mélodies nous refilent leur sang de cerises, où le nerf du blues toujours sous l’épiderme nous flanque un cœur gros comme un camion d’amplis, où les rythmes folkeux, bluesy ou même ici latino nous font tourner en baguette de sourcier. Et puis cette voix étrange, qu’on reconnaitrait dans le plus épais fog, qui pourrait être horripilante mais qui colle si bien à nos irritations mélancoliques, voix cornemusante à ses débuts, gramophonante qui s’est bouquetée vers les amygdales, enrouillée, voix d’outre tube à couleurs écrasées.
Alors revient au ralenti notre jeunesse pas dorée où on glissait les vinyles sous le pull.
Le temps des petits baloches perdus avec lampions suspendus aux branches des tilleuls, le temps de chez Laurette où dans le reflet du juke-box on matait la fille du nord déhanchant sur ses quilles un corps de frissons, le temps où ses yeux en harmonica nous déchiraient le ventre. Alors on s’accoude au bon vieux flipper et on envoie l’âme rouler dans tous les coins du corps, on repasse notre adolescence de pattes d’eph et sur le formica on retrinque à notre vieux cœur de sioux qui marche toujours sur les sentiers des lendemains poétiques.
A diastole régulière notre mister Dylan vient nous remettre deux tunes de bonheur dans la cage thoracique.

mercredi 13 mai 2009

Caténaire


« Il est des mots qu’on peut penser, mais à pas dire en société… » chantait, dans les années 70, notre plus beau postérieur peroxydé Michel Polnareff. « Caténaire » en est-il un ? Dans la démesure où il touche aux joyeux épiciers post situationnistes de Tarnac, peut-être ?
Tout ce qui touche à la vie du rail est, en ce moment, de la dynamite. Ainsi, l’histoire de ce jeune menuisier qui vient d’être entendu pour affaire criminelle, terrorisme et gardé à vue 24h pour avoir reçu de la part d’un collègue de travail un peu taquin un SMS disant : « pour faire dérailler un train, t’as une solution ? » Petite phrase rapportée, à priori, par le vilain corbeau opérateur, donc encaisseur dénué de tout humour et collaborateur expéditif. A méditer...
Pourtant, combien le mot « caténaire » est doux à l’oreille. Pourtant, combien il sonne riche de poésie. Longtemps cantonné adjectif, il signifiait qui s’enchaîne en parlant de certains organes ou qui se produit en chaîne comme une réaction caténaire.
Dans « Réelles présences », George Steiner en fait un très bel emploi : « les conséquences des textes sont de l’ordre de la réaction caténaire, telle que la physique la rapporte. La suggestion verbale, les associations picturales ou tonales, que déclenchent les formes esthétiques engendrent à leur tour d’autres séquences au sein de nous, qui reflètent analogies, réponses ou variantes ».
Aujourd’hui, c’est sous sa forme nominale que le mot électrise le ministère de l’intérieur. Une caténaire, car ce mot a aussi la délicatesse d’être du genre féminin, est, nous dit le petit Larousse, qui l’a mis, quelque peu visionnaire, aussi en illustration, un système de suspension du fil d’alimentation en énergie électrique des locomotives ou des automotrices.
Autrement dit, cisailler une caténaire peut au pire, non pas conduire à un déraillement, mais suspendre momentanément la linéarité d’un déplacement ferroviaire.
Alors pourquoi traiter de terrorisme ce qui n’est que la traduction poétique d’une volonté d’interrompre la monotonie des vies qui arrivent toujours à l’heure ?
Alors pourquoi condamner ceux dont la coupante réaction vise seulement à ralentir la mise aux fers des travailleurs blêmes ?
Alors pourquoi enchaîner ces libérateurs de la vie duraille qui voient la plage sous le ballast ?
Il est des mots qu’on peut penser, mais à pas dire en société…

vendredi 1 mai 2009

Défaite du travail

Chaque matin très tôt le même
pas résonne et je l'écoute
arpenter le trottoir, un pas de femme
pressée comme si l'amoureux
devait surgir avec le jour
mais ce n'est pas là, je sais, à l'appel
du désir que l'inconnue se hâte
il est trop tôt ou peut-être trop tard
à jamais, c'est le pas de l'embauche
et ce pas me fait mal
comme un clou dans la paume.

Jean Claude Pirotte
extrait de chronique douce

dimanche 12 avril 2009

Grain de blues

Des Pâques, des Pâques oui mais des Panzani

A Pâques, Rome branle le monde. Benoît télévisionne, urbite et orbite, transforme le vin en eau, multiplie les cloches.
A Pâques, derrière celui qui marche sur les os, beaucoup de cathos marchent sur des œufs.
A Pâques, le chocolatier fait son glas, c’est la fève de l’or. Les jardins bourdonnent, le bourdon bombille, la fée clochette, les parents cherchent les enfants dans les arbres.
A Pâques, les amoureux fondent et les vaches clarinent en regardant passer l’étreinte.
A Pâques, c’est la fin du djeune, les seins sont au balcon et les mains au tison.
A Pâques, la grosse cloche sonne dans chaque homme.
A Pâques, les assiettes tintent et l’ouaille est un loup pour l’agneau.
A Pâques, le « nombril du monde » reste l’Ile de Pâques.
A Pâques, Rome branle le monde. L’amour tintinnabule.

vendredi 3 avril 2009

Avril, ne te découvre pas d'un fil

Alors nous allons avoir des lendemains londoniens qui chantent. Les vingt grands argentiers vont jeter des milliards sous la table des affamés. Ce lendemain de langue et de gueule de bois, ils nous promettent de refaire le monde, cracher dans leur soupe libérale, couler leurs paradis fiscaux, moraliser leurs combines, remarcher sur la terre ?
La terre ? Si seulement tous ces beaux cerveaux repus mettaient de temps en temps leurs mains dans la terre, regardaient avec amour le champ du monde. Si seulement ils cultivaient leur jardin.
Le jardinier se lève tôt, regarde l’écume au bord du ciel et le bleu qui prend déjà dans l’échappée des déchirures. Il aime avril, son calme frisquet picoré de moineaux, ses éclats jaunes forsythias, primevères, narcisses. Il aime avril son air cru qui aiguise son corps. Il aime sur ses outils le sourire brillant de la meule. Il aime avril, son commerce patient avec le ciel. Il passe maintenant de longs moments avec ce jardin qu’il ne fréquente l’hiver que pour l’entretenir de quelques pensées et prélever quelques longues carottes et monstrueux poireaux barbichus. Il retourne, bêche, émiette, ratisse. Il borde au mieux ses planches, lits bien faits pour y coucher une belle écriture.
Le monde lui appartient, des radis serrés qui ourlent le carré, des fèves qui nouent, de l’ail et des oignons qui percent. Il aère les laitues qui blondissent, tire l’herbe de l’oseille, démêle les fraisiers. Il égraine en ligne, sème à la volée carotte nantaise, cardon blanc, céleri doré, épinard de fer. Il aime avril qui faufile doucement ses pages.
Le jardinier se lève tôt pour passer du temps avec sa terre, renouer avec les gestes de son père, écouter pousser cette vie qui sort des mains, embellit le cœur, met un bonheur simple sur la table.
Il ne se découvre pas du fil qui nourrit les hommes. Ce fil si ténu entre les dents aiguisées des vingt banquetteurs qui se prennent pour les maîtres du monde.

mardi 3 mars 2009

Réalité télé

Certains soirs de vigilance sans doute trop émoussée par une journée perdue, on se surprend à ouvrir machinalement l’eau tiède du 20 heures. Et là on découvre un visage dont les yeux vous fuient pour l’aimant d’un prompteur et dont les lèvres bruitent le surgissement d’images d’un accompagnement verbal le plus morne possible pour ne pas troubler le bruit des bouches qui volent de soupe en poires. Et là on s’installe dans l’ingurgitation, de minutes en minutes, de sujets qui vont régulièrement vous brûler l’estomac, vous soulever le cœur, vous filer des bouffées de colère, gâcher définitivement un jour que vous saviez déjà marqué à la pierre noire. Alors qu’on se croyait déjà bien préparé aux ruines du monde, à ses frénésies grossières, à ses clinquants provocants, alors qu’on s’imaginait blindé à la barbarie et à la bêtise humaine, on voit creuser encore le fond de l'inhumanité quotidienne.
Ainsi au journal du 25 février 2009, il fallait avaler, en hors d’œuvre, l’indigeste bond des nouveaux chômeurs de janvier à 90000, mais exprimé avec la neutre tonalité de l' annonce d'un nombre de spectateurs à un quelconque concert et définitivement éteint par une insipide interview de la ministre Lagarde, en plat principal, l’écœurante mais réelle dernière histoire belge, l’organisation d’un concours Miss SDF Belgique 2009 et pour finir, diamant sur le dessert, la vente de Pierre Bergé et ses 375 millions d’euros sortis des poches dorées d’Asie, de Russie ou du Moyen Orient.
Ce soir là, bien barbouillé, ont tourné et retourné dans mon cœur les visages de ces nouveaux 90000 exclus du sinistre « travailler plus » malheureux futurs locataires du pôle emploi, sans doute submergés devant leur écran par cette vague ostentatoire d’argent et marqués par la mascarade de la misère des rues belges et j’ai eu envie de gerber sur cette sinistre lucarne du monde.