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vendredi 24 février 2012

Fermez la fenêtre et la confiance grandit




Voilà donc une inspectrice du travail très courageuse puisqu’elle attaque la Poste pour homicide involontaire suite au suicide d’une salariée.
Ce qui est plus inattendu c’est que le reproche soutenant cette accusation semble fondé sur l’absence de sécurisation par la Direction de la fenêtre d’où s’est jetée la salariée.
Autrement dit, la motivation d’homicide n’est pas argumentée par sa cause réelle qu’on peut supposer un volontaire harcèlement moral mais par la caractérisation d’une négligence technique.
En résumé : harcelez, harcelez mais de grâce cadenassez fenêtre, enlevez lacets et toutes cordes et ficelles, cachez tous objets contendants …
Parodiant un slogan de La Poste, l’inspectrice pourrait dire : « Fermez la fenêtre et la confiance grandit.

samedi 28 janvier 2012

Le partage des fruits de l'entreprise




Une très récente enquête de France Inter indiquait que 70% des personnes au travail étaient mécontentes et souhaitaient changer de job. Cette insatisfaction venant de l’évolution des conditions de travail avec la priorité absolue donnée à la rentabilité. Le travail a perdu, pour ces personnes, toute valeur et tout sens.
Dans l’échelle de l’horreur économique et de la deshumanisation, les plates-formes et centre d’appels téléphoniques atteignent les plus hauts barreaux. Enfermé dans son box entre chefaillons et client harcelé et agressif, le salarié déprime sous la pression de la pendule et des objectifs. C’est un des métiers où on constate le plus d’absentéisme.
C’est aussi un des métiers, comme le montre cet article, où l’imagination des directions pour, malgré tout, motiver les salariés, est la plus tordue. Mais ce manager là projetant de faire apporter des paniers de fruits dans l’entreprise, payés par les salariés, avec l’argent récolté des dons pouvant alors être faits à une association locale, devrait recevoir le saladier du cynisme. Vous avez dit « plus humain ».

vendredi 24 décembre 2010

Le petit jésus dans la dèche

Fait pas bon aujourd'hui être sur la paille. Le petit bout des cieux crèche, sans doute, pour la dernière année dans la bucolique haleine de l'âne et du bœuf. La toute fraiche loi Loppsi 2 qui vient de naître entre foie gras et marrons à la dinde va être pour lui un calvaire. Tout squatter devient menacé de 15000 euros d'amende et d'un an d'emprisonnement. Il pourrait donc passer son prochain noël dans l'haleine fétide d'une taule entre un collant pédophile et un entreprenant sérial killer. A moins qu'une intervention papale voire divine satanise Sarko et ses Judas et l'écarte de ce cruel Golgotha.

Et puis Jésus peut compter sur le soutien de la Grande Distribution et de la confrérie des Pères Noëls. Mais tous les autres pauvres mécréants... Car cette loi inique stigmatise aussi tout l'habitat susceptible de menacer la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques. Formulation assez floue qui permettra aux préfets, dans un délai de 48h, d'expulser de leurs campements de fortune les Roms ou autres gens du voyage hors leurs rares aires, comme tous les précaires des cabanes, tentes, camions, mobile-homes ou caravanes. Faut-il rappeler que plus de 500000 personnes sont actuellement sans vrai domicile. Et même jouant sur la détention ou non d'un permis de construire, elle vise tout l'habitat alternatif: tipis, yourtes, cabanons,roulottes...

Cachez-moi ces précaires, ces marginaux, ces alternatifs ou itinérants. Qu'ils aillent ailleurs mettre leur petit jésus dans la dèche.

dimanche 12 septembre 2010

Chasse à Rom



Alors que face aux critiques de la commission européenne, Judas Besson avait déclaré le 10 septembre Les Roms ne sont pas considérés en tant que tels mais comme des ressortissants du pays dont ils ont la nationalité, voilà qu’on apprend l’existence d’une circulaire du ministère de l’intérieur en date du 5 août, à destination des préfets dans laquelle à plusieurs reprises, la chasse à Rom est explicitement discriminé : les préfets de zone s’assureront, dans leur zone de compétence, de la réalisation minimale d’une opération importante par semaine ( évacuation, démantèlement, reconduite), concernant prioritairement les Roms. Nulle surprise malheureusement, l’acharnement estival contre cette communauté soulignant fatalement un ciblage particulier et réfléchi.
Mais cette mise à jour conforte le sentiment d’une comparaison possible avec d’autres temps où la différence pouvait s’envelopper de nuit et brouillard. Mais cette révélation jette une ombre glaçante sur le pouvoir, surlignant sa capacité de duplicité au service de ses seuls intérêts politiciens. Ces Roms n’étant que les victimes d’un hochement sécuritaire, les martyrs d’un détournement de l’opinion des combines affairistes des Woerth et consorts. Mais cette réalité confirme, si cela était encore nécessaire, la déliquescence de ce pouvoir et son progressif éloignement des valeurs de notre république. Les comportements de ces hommes de ce pouvoir entachent dangereusement la démocratie, en détruisant toute crédibilité de la parole politique .

mercredi 1 septembre 2010

La faiblesse tranquille

Après la commission européenne, le pape et les évêques de France, voilà le comité pour l’élimination de la discrimination raciale de l’Onu qui dénonce le renvoi des Roms par la France.

Voilà notre pays, de nouveau, terni par notre gesticulateur précoce. Mis aux bans. Chacun d’entre nous ainsi montré du doigt à travers l’égo barré de notre calife.

Bien sûr, notre pays ne mord pas encore la cheville des cuba, Iran, Corée ou autre paradis Birman mais référence mondiale des droits de l’homme, il se doit d’être exemplaire sur ce sujet. Chacun de ses dérapages peut, sinon, faire bouger le curseur du tolérable pour nombre d’autres nations.

Notre pays se doit donc de rechercher toujours le juste équilibre entre la sécurisation de ses citoyens et le respect de ses valeurs liberté, égalité, fraternité.

Or, il est bien évident que ce ne sont pas les quelques milliers de Roms qui squattent nos décharges qui sont à l’origine de l’éventuel sentiment d’insécurité de certains français.

Alors, nos dirigeants ont simplement plongé leur cuillère électorale dans la soupe populiste et nauséabonde de l’imaginaire collectif touillée autour de cette population. De voleurs de poules, pire d’enfants…population, par son absence de fixation, regardée, depuis toujours, avec méfiance.

Or non seulement cette politique est abjecte, car elle stigmatise les plus différents, les plus misérables, mais elle s’avèrera n’alimenter que les urnes du front national, sans apporter réponse aux vraies raisons de l’insécurité qui sont, avant tout, le chômage, le travail précaire, la pauvreté et les inégalités croissantes.

Faut-il être faible pour chercher toujours, ainsi sous le préau, un plus petit que soit à tabasser !

Faut-il être petit pour toujours, ainsi, s’abaisser aux plus vils calculs !

jeudi 26 août 2010

ETE BRUN


On estime à environ 220000 le nombre de tsiganes tués pendant la seconde guerre mondiale. Bien sur dans les camps de concentration allemands, mais aussi en Pologne, Roumanie, Yougoslavie, Croatie…En France, ils seront fixés puis internés à partir de 1940. Ainsi entre 1940 et 1945, près de 3000 seront enfermés au camp de Montreuil-Bellay qui vient, ironie de cet été brun, d’être classé monument historique.
Les faits actuels doivent nous inciter à relire « Matin brun » de Franck Pavloff et « Si c’est un homme » de Primo Levi dont je prends cet extrait :
« Beaucoup d’entre nous, individus ou peuples, sont à la merci de cette idée, consciente ou inconsciente, que “l’étranger, c’est l’ennemi ”. Le plus souvent, cette conviction sommeille dans les esprits, comme une infection latente ; elle ne se manifeste que par des actes isolés, sans lien entre eux, elle ne fonde pas un système. Mais lorsque cela se produit, lorsque le dogme informulé est promu au rang de prémisse majeur d’un syllogisme, alors, au bout de la chaîne logique, il y a le Lager ; c’est-à-dire le produit d’une conception du monde poussée à ses plus extrêmes conséquences avec une cohérence rigoureuse ; tant que la conception a cours, les conséquences nous menacent. Puisse l’histoire des camps d’extermination retentir pour tous comme un sinistre signal d’alarme. »
Si c’est un homme

Vous qui vivez en toute quiétude
Bien au chaud dans vos maisons,
Vous qui trouvez le soir en rentrant la table mise et des visages amis
Considérez si c’est un homme
Que celui qui peine dans la boue,
Qui ne connaît pas de repos,
Qui se bat pour un quignon de pain,
Qui meurt pour un oui ou pour un non.
Considérez si c’est une femme
Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux
Et jusqu’à la force de se souvenir,
Les yeux vides et le sein froid
Comme une grenouille en hiver.
N’oubliez pas que cela fut,
Non, ne l’oubliez pas :
Gravez ces mots dans votre cœur.
Pensez-y chez vous, dans la rue,
En vous couchant, en vous levant ;
Répétez-les à vos enfants.
Ou que votre maison s’écroule,
Que la maladie vous accable,
Que vos enfants se détournent de vous.

mardi 24 août 2010

Tous des Roms


J’aurais bien aimé revenir au contre pays des blogueurs le merle dans la gorge et le coquelicot au fusil. Faire une sorte de rentrée qui sente le thym et la garrigue. Mais voilà la France depuis quelques semaines sent le ranci. Nous sommes dans l’haleine de bouches d’égout.
Pourtant les juilletistes étaient partis se faire creamer dans les effluves du beau linge. Alors on suivait à la trace l’argent sans odeur de la Bettancourt. On était dans le fumet secret de l’entre suisse. Dans la douce évaporation l’oréal. Alors on pédalait dans le chantilly, dans le parfum capitaux de la race chevaline. Dans la cuisine des Woerth, le bouquet des tambouilles, l’abandon de leur moindre pet. On commençait juste à humer le roussi.
Et puis les Roms sont venus. Ils sont tous là. Sans eau ni électricité dans les aisselles tricolores. Et puis les Roms sont venus au nez du pouvoir. Dans l’entêtant remugle des combinards élyséens. Et puis les Roms sont venus à point pour étouffer la puanteur des affaires. Et puis les Roms sont venus qui ne demandaient rien, qu’une flaveur de baguette.
Et la France depuis quelques jours sent le Drancy. Nous sommes tous des Roms.

vendredi 25 juin 2010

une journée ordinaire

Sarko reçoit Henry
Ou c’est le contraire
Serrage de main sale
Lavage des bleus
Guillon Porte Hess
Renvoie d’ascenceur
Président à président
Val se caricature
La garden est partie
800000 euros par an
Depuis Giscard 78
Dites 33 multipliés
Pour le trou de Sécu
Sarko reçoit Henry
800000 dans la rue
Calcul pour la police
Que la rue multiplie
Pour garder 60 ans
Serrage des boulons
Mieux chez soi pour
Soigner son cancer
Voerth serre les dents
Madame son budget
Blanc coupe en trois
Ses barreaux havane
Boutin ses cierges
Bachelot voit en rose
L’avenir du fiston
Sarko reçoit Henry
Battu en retraite
Pour le conseiller
Dans ses placements
Crise crise crise crise
Privilèges privilèges
Rigueur rigueur chut
Privilèges privilèges
Trou trou trou reste
Celui à faire dans la
ceinture.

mercredi 12 mai 2010

En mai fais où il te plait

Mai Paris mai, Nougaro ne dépave plus les mots, chacun est rentré dans son automobile. Ce qui réellement me plairait en ce mois de fée clochette, c’est de faire péter le palais Brongniart, la soue des cochons pas payeurs, le foutoir des cocaïnomanes et sniffers de crack 40, le hammam des cervelles en bites. Non pas un krach, mais un gros crac, un truc poilu et bien piégé dans la corbeille. 4 millions de chômeurs, 6 millions de précaires et gouvernants et médiacons se focalisent sur les branlettes des traders. Aujourd’hui, la politique se résume à l’art de gérer la déprime ou l’érection des bourses. Le monde est entre les mains des masturbateurs monétaires. Et pendant ce temps les merdeux ajustent leur politique sur le déhanchement putassier des marchés. En osant même comparer crise financière et catastrophes naturelles, comme si ni responsables ni coupables ne se cachaient derrière l’effondrement actuel des économies. Nous sommes aux mains de supers bandits manchots. Notre sort se joue à la roulette des spéculateurs. Rien ne va plus, cassons leurs jouets. Nous vivons dans la plus éhontée pornographie financière. Quelle justice pour poursuivre les détourneurs de bonheur et leurs complices par omission ou soumission, les tranquilles assassins des lendemains qui chantent. Mai Paris mai, l’internationale est coincé dans les gosiers secs, j’aimerais que reviennent le temps des cerises et que soit abattue cette Bastille dorée, qu’à la place soit coulé un gigantesque étron

Ps: Au soir de cette publication, suivant un sujet sur les spéculateurs, on pouvait voir, sur le journal de la 2, un sujet sur les marchés de la misère qui envahissent les trottoirs parisiens, cour des miracles des chiffons et produits alimentaires périmés... Devant ces marchés nos merdeux abaissent le voile.

mercredi 24 mars 2010

Nom? Prénom?



Longtemps, les tempêtes ou autres anticyclones étaient baptisés du nom du saint du jour ou du lieu de leur dévastation. Dans les années cinquante, selon les régions d’impact, des comités de pays ont établis des listes de prénoms, fleurs, oiseaux…validées par l’organisation météorologique mondiale des Nations Unies. Pour L’atlantique Nord, depuis 1954, c’est l’institut météorologique de Berlin qui a ce privilège.
En 2004, pour sensibiliser le public à la météorologie et trouver une source de financement aux programmes de recherche, de joyeux étudiants de cet institut ont eu la chahutante idée d’offrir la possibilité à tout un chacun moyennant 199 euros pour une dépression, 299 euros pour un anticyclone, de leur choisir un prénom.
C’est ainsi que l’imagination d’un certain Wolfgang Schütte a soufflé Xynthia. Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, notre facétieux Wolfgang n’a rien déboursé pour ce droit de baptême. Il l’a gagné grâce à un jeu consacré au climat par un site d’internet. De quoi le faire marée longtemps.
Certains envoient des décharges de 460 volts pour secouer l’adversaire, d’autres jouent à laisser leur nom dans l’Histoire, en le liant au prénom de bouleversantes catastrophes naturelles. Comme disait l’autre, nous vivons une bien belle époque.

Heureusement pour qualifier le coloriage rose/vert/rouge des dernières cantonales, on ne parle pas de raz-de-marée mais avec raison de petit chelem.
On pourrait, par contre, reprendre le terme pour qualifier le taux d’abstention à ces élections et de celui de catastrophe pour qualifier celui du front national. 50% des Français ne votent plus, 18% votent pour le Fn.
On dit que notre Wolfgang a proposé Nicolas pour baptiser l’un de ces phénomènes et Eric pour l’autre.
Quel humour ce Wolfgang qui ajoute quand il y en a pour Berlin il y en a pour l’autre.

vendredi 19 mars 2010

Le jeu de la mort/2

81% des participants à ce terrible jeu ont donc fini, sans état d'âme par « tuer » leur « adversaire ». 17% ont fait preuve de résistance, mais cependant, après avoir accepté contractuellement de participer à un jeu dont on leur explique préalablement très clairement les règles, et donc leur rôle de bourreau potentiel. Comment expliquer alors un tel comportement ? Un tel aveuglement devant l’horreur de la demande ? Quand des expériences (voir Rue 89) ont montré que des animaux placés dans des conditions proches refusent de faire souffrir leurs congénères.

On peut fouiller la nature humaine, son rapport viscéral au mal. Nous ne pouvons que constater, à ce stade de notre prétendue évolution, la régression de la valeur de l’autre. Sans doute, là encore, devons-nous interroger l’évolution de notre société. De la bouffée printanière de 68 si étouffante pour nos actuels gouvernants à la régression culturelle entretenue aujourd’hui. Que reste-t-il des questionnements émancipateurs ? La société a basculé vers la marchandisation de l’ensemble des valeurs humaines. La moelle de nos vies au service du tout économique.

La réussite, forcément individuelle, est mesurée à l’aune de la possession, à 50 ans, d’une rolex. Les passeurs d’éducation et de socialisation sont piétinés, l’instituteur relégué derrière le curé. Le temps disponible pour les enfants sacrifié par le « travailler plus » pour l’idéologie du « gagner plus ». Le curseur de la possession décale, alors, toujours, celui de la frustration. La frustration celui de la violence ressentie puis banalisée. Le poison libéral gagne surement les cœurs. Etre ou avoir. Etre ou paraître. L’homme cède surement aux totems libéraux, à leur médium comme la télévision. Même la désespérance aujourd’hui a un coût. Ne voit-on pas, à ce moment de casse des entreprises, les ouvriers non pas lutter pour la survie de leur emploi, mais pour empocher la prime de départ la plus sonnante. La classe ouvrière est morte. L’esprit collectif a été miné par la religion de l’individualisme. Chacun est seul devant sa progressive réduction vers le maillon faible, au point, comme à France Télécom, de ne trouver solution que dans le suicide.

Alors dans ce jeu de la mort économique, l’autre est devenu transparent, quand il n’est pas le concurrent puis l’ennemi. Dans ce combat pour la survie consumériste, la violence a été intégrée comme une option parmi d’autres.

Alors, faut-il totalement désespérer ? La crise rebrassant les valeurs, on a cru un temps à un changement possible et à retour à la résistance d’un nombre suffisant d’individus pour réimposer un combat pour la dignité de l’homme.

A quel niveau de décharge sommes-nous dans le jeu en cours de la mort de la démocratie.

jeudi 18 mars 2010

le jeu de la mort/1



La télé peut-elle tuer ? Si vous avez regardé « Le jeu de la mort », ce documentaire reproduisant, à travers un jeu télévisé, l’expérimentation scientifique menée par Milgram dans les années 60, vous connaissez la terrible réponse. Mis face à face, pourtant dans une partie sans enjeu, 81% des 80 participants successifs ont « tué » leur partenaire. Il s’agit pour l’un, tiré au sort de retrouver la bonne association de mots après leur visualisation durant une minute, pour l’autre de lui administrer des décharges électriques de plus en plus fortes, allant de 20 à 460 volts, à chaque mauvaise réponse, la graduation de dangerosité des zones de voltage étant parfaitement indiquée. Bien sûr la décharge est à blanc et c’est un comédien qui simule la douleur mais les joueurs l’ignorent. Or, malgré les cris du concurrent dans la zone des 300 volts puis son inquiétant silence dans celle des 400, seulement, donc, 17% ont fait preuve de compassion et acte de résistance. Pourtant la partie ne conduisait à aucune récompense finale, la production leur ayant expliqué qu’ils participaient à un pilote d’émission. A l’issue du jeu, l’équipe de scientifiques, psychologues sociaux, qui avaient aidé à la mise au point de l’expérience a expliqué le froid comportement des « tueurs » par leur soumission à l’emprise télévisuelle, pression de l’animatrice, encouragement du public, environnement déstabilisant, hypnotique pour certains, de l’univers des plateaux.
Bien sûr, l’émission va ouvrir des débats et controverses. Elle a cependant l’intérêt de pointer la lente dérive de la télé commerciale. Même si la France, n’a pas encore succombé au pire, comme la lucarne anglaise, par exemple, on a le sentiment que les verrous moraux cèdent les uns après les autres. Comment expliquer qu’on se rapproche ainsi des jeux romains, de la tolérance de la barbarie ordinaire ? J’y vois l’abandon par le politique de son rôle de gardien de l’éthique humaniste, de favorisation du développement des consciences dans une organisation progressiste de nos sociétés. Le jour où le politique a vendu TF1 à un bétonneur, il a vendu aussi son âme.
La télé n’est jamais en avance sur la société. Elle n’est que son miroir. Depuis des années, le politique a sacrifié son pouvoir de protection, son devoir d’émancipation au vampirisme du monde économique. La télé est devenue le médium de ses messes noires. L’homme moral ne saurait être un ennemi de l’homme consumériste. L’écran est donc devenu la plus grande vitrine à alouettes, le plus miroitant appât à cerveaux disponibles. Du coup, horreur télévisuelle et horreur économique s’épaulent. La part d’audience, ici la part du gâteau, est tolérée comme la résultante logique de la réussite entrepreneuriale. Pas question d’en discuter sa matière première. Le même politique qui, avec raison, s’insurge contre la montée d’une extrême violence, sa banalisation chez les jeunes, ne s’interroge jamais contre son étalage, sa gratuité à longueurs de feuilletons. Seule l’alerte celle du JT et encore plutôt quand elle est dirigée contre ses représentants.
La télé dont la vocation première devrait être l’éducation et l’élévation du citoyen et cela n’implique pas l’ennui, puisqu’elle a su conjuguer, à ses débuts, ces ambitions avec succès, est devenu trop souvent le lieu de son exploitation, de sa dérision, de son abêtissement, de son abrutissement, de son abaissement. La plupart des animations ne visent que l’anesthésie du jugement, l’anéantissement des défenses, ne flattent que le plus primaire de l’individu.
Il est bien tard pour se demander si la télé peut tuer, quand elle a, dans de si nombreuses émissions, depuis bien longtemps, tué l’intelligence. Et malheureusement avec la complicité de la plupart de ceux qui en vivent.

dimanche 21 février 2010

Marianne en cloque











On a beaucoup utilisé Marianne (voir vidéo sur Rue 89) pour engranger les deniers populaires, notamment à l’occasion des guerres. Mais pour la première fois, la voilà mise en cloque pour la promotion du futur grand emprunt gouvernemental. Sur fond bel azur une Marianne de la tête aux pieds immaculée, couvant son petit trésor de milliards. Belle image virginale et dentée qui aurait, dans les années cinquante, glissé des missels entre celle d’une première communiante et une marguerite séchée.
A qui réellement attribué cette conception ? A quel semeur trousseur de semeuse, à quel ange vénal ou Saint-Esprit ? A Thierry Saussez ? L’ex publiciste, aujourd’hui directeur du service d’information de la République ou à Chouchou nous préparant subliminalement ainsi à un futur heureux événement personnel ? En tout cas le vrai donateur in vivo sera le marché. Marché que les mêmes fustigent pour la galerie. Mais on a sans doute préféré ainsi évité les tares populaires. Pourtant ne sont-ce pas en particulier les zinzins qui l’engrossent. Alors comment garantir la future normalité du rejeton ?
Mais pourquoi un tel affichage publicitaire, dans tous les journaux, en pleine page, alors que justement on a écarté du fruit des entrailles la copulation Française ? Est-ce simplement pour, au moment des régionales, rappeler au bon peuple que le pouvoir actuel pense à son avenir. Le ventre de Marianne gros de belles promesses : arrondissement des fins de mois, accouchement sans forceps de mesures capables de dégonfler le chômage…N’est-ce-pas plutôt nous bercer d’illusions et gonfler le capital du parti présidentiel ? Cela expliquerait l’étrange tonalité de la publicité.
Car la Marianne, en plein débat raté sur l’identité Française est plus qu’unicolore ; Elle est d’une pâleur et d’une saveur d’hostie. D’une blancheur qu’on pourrait juger intégriste, tant elle sent la chanoinie, la fille ainée de l’église. Tant elle sent la contre révolution. Tant elle sent le triste fichu, le vieux foulard. Couronnant le tout aube, on a même osé laver à grande eau bénite le rouge du bonnet phrygien, lui arracher toute cocarde tricolore. Voilà la figure allégorique de notre république délavée de ses valeurs : liberté, égalité, fraternité.
En attendant cette écloquée va faire les choux gras de l’agence RSCG qui va orchestrer la campagne pour un coût, parait-il, de 975000 euros.
La seule question qui reste d’actualité dans le fil des propos d’Elisabeth Badinter, c’est de savoir si la future et pâlotte progéniture tétera le sein ou le biberon ?

jeudi 18 février 2010

Bonjour la joie


Dans les années 50, la joie sentait. Un slogan accompagnateur d’un jeu radiophonique embaumait les ondes le parfum Bourjois avec un j comme joie. Il avait été créé par Charles Trenet. Le côté éthéré et vaguement immatériel de ce détournement publicitaire de la joie entrainait qu’on pouvait l’entendre.
Soixante ans plus tard la joie pue. Enfin quand ce merveilleux sentiment est utilisé par Bmw pour vanter une nouvelle technologie au service de ses cylindrées. Dans un encart bien agrafé au centre de mon Télérama, seize luxueuses pages déclinent la joie sous différentes formules plus ou moins sibyllines et provocantes :La joie est efficient dynamics, La joie s’affiche fièrement, La joie vous présente la nouvelle Bmw 320d , La joie n’aime pas les compromis, La joie choisit de ne pas choisir, La joie est une énergie à haute tension, La joie défie les lois de la finance, La joie aime les défis, La joie est précieuse et abordable, La joie est proche de vous, La joie promet un avenir passionnant.
Après la Rolex ce marquage Séguelien du nirvana individuel à cinquante ans, voilà donc la Bm. Mais en liant la joie à l’affichage fier et totémique de cet objet de luxe, les auteurs de cette pub ne réussissent qu’à corrompre ce bel éclat d’âme, à le matérialiser de la plus vulgaire façon. Sans compter qu’ils classent, marginalisent, excluent de leur triviale béatitude (Bmattitude ?) tous les tristes individus incapables de s’offrir ce transport jubilatoire. Derrière leurs slogans La joie défie les lois de la finance ou la joie est précieuse et abordable, la réalité cache en effet une cuillère (une louche) de prix défiant plutôt insultant nombre de citoyens allant de 26900 euros à 56450 euros. La joie donc a un coût. La joie donc se mérite !
La joie dont Cioran disait : La joie, seule vraie victoire sur le monde, est pure dans son essence, elle est donc irréductible au plaisir, toujours suspect et en lui-même et dans ses manifestations. Ou Montaigne : La joie a plus de sévérité que de gaieté ; l’extrême et plein contentement, plus de rassis que d’enjoué.
Alors mettre cet exaltant et pénétrant sentiment au service du plus futile mercantilisme quelle tristesse ! Faut-il que notre société ait à ce point abandonné ses valeurs pour ainsi admettre une telle confusion des sentiments. Faut-il qu’aux yeux de ces publicitaires grands renifleurs de nos basses évolutions consuméristes nous soyons devenus à ce point primaires pour qu’ils osent ainsi galvauder l’allégresse.
Comment comprendre que le bureau de vérification de la publicité n’ait pas interdit une telle atteinte à l’égalité, un tel outrage à l’intelligence.
Quant à mon Télérama préféré, j’ose enfin à travers cette colère, lui dire que ses publicités pour bobos et beaufs argentés m’énervent et me semblent souvent en contradiction avec ses belles tribunes pseudo politiques. Mais quand en plus elles trainent ainsi la joie dans le caniveau…Non !

samedi 23 janvier 2010

Le charmeur de sornettes

Pour qui sont ces serpents Qui sifflent sur nos têtes…pour Lagarde pour Chatel pour Coppé…Sarko ne charme plus l’opinion mais nourrit toujours ses ministres ou autres courtisans de couleuvres. Quand viendra la question de son redoublement de mandat, il faudra additionner ses reculades (…son fiston à l’Epad, Troglio…), ses rebuffades (… avions rafales au Brésil, nucléaire à Abou Dhabi…), ses marmelades (…travailler plus pour gagner plus, l’identité Française…) Celui qui s’agite pour devenir calife à la place d’Obama (dernièrement Haïti) ne fera jamais le poids. Au-delà de sa personnalité c’est son insupportable prétention à tenter de nous faire avaler ses sornettes.

On apprenait hier que Monsieur Troglio abandonnait son jeton de 450 mille euros à Véolia.

Et celui qui l’a nommé, poussé forcément Lagarde à défendre sa double ration, aujourd’hui clame que ce dernier a bien fait de renoncer à l’une de ses avoines. Alors qu’on murmure en coulisse que, bien sûr, c’est encore l’Hyper qui a invité le Pdg à ce demi sacrifice, après avoir mesuré l’impact très négatif de ce doublon à la veille des Régionales.

De toute façon, la morale politique est de nouveau irrémédiablement entachée. Aucun Français ne peut être dupe des petits arrangements entre amis voilant le discours sur la moralisation du capitalisme.

D’autant qu’on apprend ce matin que ce même Troglio va percevoir De Véolia un complément de retraite de13 millions d’euros, la fameuse retraite chapeau. Donc en résumé, ce monsieur qui a plus de soixante ans va palper par an 1,6 milllion d’euros d’Edf et 700 mille euros de retraite, soit 2,3 millions, soit 6300 euros par jour.

Pour rappel, le smic est à 1337,70 euros par mois et la retraite minimum 633,61 euros, soit pour un smicard 45 euros par jour et pour un pauvre retraité néanmoins pauvre 21 euros.

C'est-à-dire que ce goinfre vaut pour nos bling bling 300 fois plus.

mercredi 20 janvier 2010

Le spectacle du monde

« Un scoop ne devrait pas être recherché à tout prix »… Ce propos de Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée et donc probablement inspiré par son tôlier met en grand émoi le monde journalistique. Il vient après l’enlèvement de deux journalistes de France Télévision en Afghanistan. Evidemment cette déclaration assortie de l’argument du coût qu’entraine chaque opération de libération d’otages apparait d'autant plus choquante qu’elle semble remettre en question la première mission du journalisme qui est d’informer… à tout prix.
Pourtant ce propos sous-tend une interrogation pertinente voire perfide. Les journalistes, grands reporters sont-ils réellement en quête d’informations ou envoyés pour faire sinon des scoops quelque peu du sensationnalisme. Le traitement par Les JT du drame Haïtien peut semer le doute. Il est clair malheureusement qu’il est surexploité pour l’audimat et trop souvent manipulé, enfants pour les larmes, pillards pour la peur et comme dans tous les séismes précédents, gros plans sur les rescapés des ruines…
Ainsi Lundi soir, sur antenne 2, on pouvait assister à la dramaturgie, la véritable mise en scène d’une histoire isolée, le destin d’un enfant blessé et en voie d’adoption au cœur d’un orphelinat dévasté finalement pris en charge devant les caméras par les bons journalistes et sauvé…Un beau mélo, efficacement bobiné, réel probablement mais bricolé vers le conte et mis en oreille comme au ciné par une envoyée spéciale Maryse Burgot dans une tonalité bien serrée d’émotion et conduite avec l’allégresse nécessaire à l’essorage des cœurs.
Là le mot « spectateur »prend toute sa charge. Mais qualifie-t-on autrement que téléspectateur celui qui regarde le journal télévisé ? Alors pourquoi attendre de ses fabricants qu’il bricole autre chose que du spectacle ? Naïveté. Mais alors les scoops et belles histoires qui alimentent l’audience doivent-ils être recherchés à tout prix ?

J’oubliais. Le lundi Le Monsieur Loyal du petit écran, un certain David Poujadas, le prestidigitateur du journal, présente « la question de la semaine », souvent très très osée…
Cette semaine la question est : « donnerez-vous de l’argent pour Haïti, »…
Ah ? faut voir la fin du spectacle….

samedi 26 décembre 2009

Avec des baguettes


Peu de jours après les sirènes de Copenhague douchées en particulier par la frilosité pékinoise, rudement dénoncée par la France, notre débridé Fillon vient de chiner quelques jours au pays de la muraille. Foin du réchauffement climatique, sa mission visait à réchauffer les relations diplomatiques. Et là pas de mystère le meilleur carburant c’est le business. Et notamment le nucléaire et l’aéronautique, réacteurs et moteurs. Moteurs pour équiper le futur C919 chinois qui dans peu d’années viendra directement concurrencer …l’airbus A320.

Mais ne chinoisons pas le court terme. Demain est un autre petit livre rouge. Et puis vertu et morale, le dalaï-lama s’en souvient encore, ne mettent pas de yuans dans la soupe politique.

C’est d’ailleurs, sans doute, ce réalisme qui a conduit notre premier ministre à ignorer le procès en cours du dissident Liu Xiaobo. Dissident ex participant du printemps de Pékin en 1989 qui vient d’être condamné à 11 ans de prison pour avoir osé réclamer la liberté d’expression et d’association, autrement dit une Chine démocratique.

Au poids de la balance commerciale Chinoise, notre premier VRP a sans doute vite soupesé qu’il fallait prendre les droits de l’homme avec des baguettes.

vendredi 25 décembre 2009

Noël aux cartons


Avant de convoler pour Marrakech mettre son petit bling bling dans la crèche, notre premier communicant vient de nous facebooker un petit message, nous souhaitant d’excellentes fêtes et nous invitant à avoir le sens du partage et à l’esprit les valeurs qui font la solidarité nationale et une pensée pour ceux qui sont en difficulté, qui souffrent en ces temps de fêtes .
Genre de réveillonneries toutes faites à verser dans le bêtisier récurrent des indigestions de bûche dont la sincérité frise celle des sapins synthétiques ressortis chaque année du placard à noël.
Pensait-il alors aux 338 personnes sans domicile fixe mortes depuis le début de l’année 2009 sur notre beau territoire dont la moyenne d’âge est de 47,6 ans ?
Pensait-il particulièrement à ces douze morts de la rue enterrés depuis le début décembre ?
Ces douze morts dans leur crèche de carton entre deux chiens pour tout âne et bœuf.
Ou simplement soudain enivré par un abus d’or, d’encens ou de myrrhe ou un orgasme identitaire se remémorait-il ses propos de candidat en 2008 : Je veux si je suis élu président de la république que d’ici à deux ans plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d’y mourir de froid. Le droit à l’hébergement c’est une obligation humaine. Si on n’est plus choqué quand quelqu’un n’a plus un toit lorsqu’il fait froid et qu’il est obligé de dormir dehors, c’est tout l’équilibre de la société, où vous voulez que vos enfants vivent en paix, qui s’en trouver remis en cause .
A moins que ces 338 morts soient décidément des mauvais Français qui refusant de se lever tôt pour gagner plus se révèlent en réalité de dangereux terroristes genre saboteurs millevachiens de rails qui ne visent qu’à méchamment mettre en contradiction les neurones présidentiels en se faisant même exploser le thermomètre.
Allez ne faisons pas le fine bouche en ces temps de marrons, remercions notre honoré chanoine de Latran de ses vœux pieux comme le monde.

mardi 22 décembre 2009

L'identité au faciès

Décidemment Sarko éclatera dans l’Histoire comme l’Iznogoud le plus malhabile, spécialiste du retour d’arrosage et de flamme, sans doute victime des âneries de ses conseillers thuriféraires plus courtisans que stratèges médiatiques, mais aussi de sa soif inextinguible de pouvoir qui l’entraîne en permanence dans des postures ridicules de bonimenteur et des calculs de boutiquier populiste. Ainsi ce débat sur l’identité nationale pompé sur l’exemple mitterrandien qui en d’autre temps, en soulevant le couvercle de l’immigration, avait mis le FN dans les pattes électorales de la droite, qui, lentement, se retourne contre le pompier pyromane. Non seulement, à travers cette sordide utilisation de l’Histoire, Sarko ne va pas gonfler son bas électoral, mais plutôt remettre en selle Marine et sa bande de joyeux bouffeurs de beurs. Le diabolique calcul mitterrandien avait privé jadis Jospin d’un second tour. Le stratagème sarkosien devrait paradoxalement assurer un bon résultat à la Gauche aux régionales, sauf qu’à l’occasion le FN va retrouver de belles couleurs nationalistes. Car on perçoit bien, à l’occasion des débats, que l’immigration est au cœur des échanges autour de l’identité nationale. C’est un débat sur l’identité au faciès. Quand Nadine Morano, fustige le parler verlan ou le port de la casquette à l’envers, la cible de son regard ne fait aucun doute. Et malgré ses dénégations, elle place bien le débat sur le jugement d’une image extérieure partagée par une communauté. Comment ne pas penser à l’image surannée de la baguette et du béret, la bien française…Mais parler verlan, par identification à un groupe, comme d’autres bien blancs parlent argot, n’indique en rien que le locuteur n’est pas capable de s’exprimer en parfait français. En parfait Français ? 50% des Français souhaitent l’arrêt de ce déballage, les pétitions se multiplient à ce sujet, gageons que notre Iznogoud préférera creuser sa fange.

Pour le plaisir :

Lettre de Mouloud Baubérot à Nicolas Sarkozy

12/12/2009

Cher Nicolas, Mon cher compatriote,

Tu as écrit une tribune dans Le Monde (9 décembre) qui a retenu toute mon attention. En effet, tu t’adresse à tes « compatriotes musulmans », et c’est mon cas, moi Mouloud Baubérot, frère siamois de celui qui tient ce blog.
Comme une lettre ne doit pas rester sans réponse, alors j’ai décidé, à mon tour de t’écrire. Après tout, toi aussi tu es mon « compatriote ». Et puis, comme je suis professeur d’histoire en terminale, j’ai l’habitude de corriger des copies.

Nous allons le voir, il y a plein de belles idées dans la tienne, et je vais pouvoir te citer souvent.
Mais tu as commis une légère erreur de perspective, qui gâche un peu ton propos. Et comme cela vous concerne en particulier ton frère siamois et toi, permets-moi de la rectifier.

Avant, par politesse, il faut que je me présente très brièvement. Ma famille provient de Constantine, ville française depuis 1834 et chef-lieu d’un département français depuis 1848. Nous sommes donc d’anciens Français.
D’autres nous ont rejoints peu de temps après et sont devenus Français, en 1860, tel les Niçois et les Savoyards. Nous avons intégré volontiers ces "nouveaux arrivants" et avons ajouté la pizza à nos coutumes alimentaires.

Et au siècle suivant, d’autres sont encore venus. Certains de l’Europe centrale, bien différente de notre civilisation méditerranéenne. Mais, comme tu l’écris très bien, nous sommes très « accueillants », nous autres.
Alors nous avons donc accueilli parmi eux, un certain Paul Sarkozy de Nagy-Bosca, qui fuyait l’avancée de l’Armée Rouge en 1944.
Nous sommes tellement « accueillants » que nous avons fait de son fils, ton frère siamois, immigré de la seconde génération, un Président de notre belle République.
Comment être plus accueillant ?

Mais il ne faudrait quand même pas tout confondre : entre lui et moi vois-tu, c’est moi qui accueille, et lui qui est accueilli. Ne l’oublie pas.

Ceci précisé, je suis tout à fait d’accord avec ce que tu écris :
Moi, Mouloud, l’accueillant, j’offre à ton frère siamois et à toi-même, « la reconnaissance de ce que l’autre peut lui apporter ». Mais je demande, à « celui qui arrive, le respect de ce qui était là avant vous »
Et, je vais y revenir, quand les Sarkozy sont devenus Français, le ciel de Paris s’ornait d’une Grande Mosquée, avec un beau minaret.

Je suis d’accord, moi Mouloud qui t’accueille, je dois te faire « l’offre de partager (mon) héritage, (mon) histoire [y compris en classe de terminale], (ma) civilisation), (mon) art de vivre. »
Tiens, je t’invite volontiers à manger un couscous avec moi.

Mais, naturellement, toi « qui arrives », ou toi dont c’est juste le père qui est arrivé, je te demande, comme tu l’écris toi-même, d’avoir « la volonté de (t)’inscrire sans brutalité, comme naturellement, dans cette société que (tu vas) contribuer à transformer, dans cette histoire que (tu vas) désormais contribuer à écrire. »

« Sans brutalité » : tu as bien raison, c’est important ça.
Nous, anciens Français, nous ne jouons pas au matamore, au « tu causes tu causes, c’est tout ce que tu sais faire » ; nous n’aimons pas trop tout ce qui est « bling-bling ».
Nous aimons, tu le soulignes, « l’humble discrétion » et nous comptons sur toi pour être exemplaire dans ce domaine.
Nous comptons sur toi, pour, comme tu affirmes que cela doit être le cas des « nouveaux arrivants », de te « garder de toute ostentation et de toute provocation ».
Car, toi dont le père a fui le totalitarisme, tu dois être bien « conscient de la chance que (tu as) de vivre sur une terre de liberté ».

Contrairement à moi, puisque tu n’es en France que depuis une seule génération, tu as encore beaucoup de choses à apprendre quant aux « valeurs de la République (qui) sont partie intégrante de notre identité nationale ».
Vu ta fonction, il faut que tu l’apprennes vite car « tout ce qui pourrait apparaître comme un défi lancé à cet héritage et à ces valeurs condamnerait à l’échec. »
Mais, je ne suis pas inquiet : tu es très doué
Donc, il suffit que je te précise un peu les choses, notamment sur la laïcité dont je parle souvent à mes élèves dans mes cours de terminale, et tu obtiendras une brillante note.

D’abord, la laïcité, ce n’est nullement « la séparation du temporel et du spirituel » comme tu l’écris.
Cette expression, elle fleure le Moyen Age, la société de chrétienté, bref l’exact contraire de la société laïque.
Comme tu as publié ta tribune le 9 décembre, jour anniversaire de la « séparation des Églises et de l’État », ta formule est particulièrement malheureuse.
Le « spirituel » et le « temporel », ce sont des notions théologiques, et cela connotait des pouvoirs.
La lutte de l’Empereur et du Pape, c’était la lutte du « pouvoir temporel » pour s’imposer face au « pouvoir spirituel ». Deux souverainetés.
En laïcité, seul « le peuple » est souverain, et donc le seul « pouvoir » est le pouvoir politique qui émane de lui. Le pouvoir, écrit Max Weber, a « le monopole de la violence légitime » : il peut réprimer par la loi.
La religion n’est pas sur le même plan. Et peut avoir, elle, autorité, si on est convaincu de sa validité.
Mais elle ne doit pas disposer de pouvoir.

Bon, la première leçon étant apprise, passons à la seconde.
Elle concerne aussi la laïcité.
Tu fais preuve d'une curieuse obsession des minarets et tu sembles assez ignorant à ce sujet.
Pour être concret, je vais te raconter l’histoire de France en la reliant à ma propre histoire d’ancien Français, du temps où toi, tu ne l’étais pas encore.
Pendant la guerre 1914-1918, mon arrière grand-père est mort au front, comme, malheureusement, beaucoup de Français, de diverses régions : Algérie, Savoie, ou Limousin, « petite patrie » de mon frère siamois.
Mais si je te raconte cela, ce n’est pas pour me cantonner dans la petite histoire, celle de ma famille, c’est pour rappeler l’Histoire tout court.
Car nous avons été environ 100 000, oui cent mille, musulmans a mourir au combat pour la France.
Nous étions déjà tellement « arrivés » en France, que nous y sommes morts !

Ces combats avaient lieu dans cette partie de la France appelée « métropole ». Ma famille y était venue, à cette occasion, et elle y est restée. A Paris, précisément.
Comme nous commencions à être assez nombreux, et provenant, outre la France, de différents pays, la République laïque a eu une très bonne idée : construire une mosquée, avec un beau minaret bien sûr.
Elle avait décidé, en 1905, de « garantir le libre exercice du culte » (Article I de la loi de séparation).
« Garantir », c’est plus que respecter. C’est prendre les dispositions nécessaires pour assurer son bon fonctionnement.

Pourquoi passes-tu tant de temps, dans ton texte, à nous parler des minarets ?
Cela n’a vraiment pas été un problème. Bien au contraire.
Et pourtant, ils étaient très laïques, tu sais, plus laïques que toi, mon chanoine, les "rad’soc" (radicaux-socialistes), les Édouard Herriot, ou Léon Bourgeois (un des « pères » de la morale laïque) qui ont pris la décision de consacrer des fonds publics à la construction de cette mosquée, de ce minaret.

Tu sais, j’aime bien fréquenter les bibliothèques. J’y ai trouvé un ouvrage d’un historien qui retrace l’histoire de cette construction. Et c’est fort intéressant.
« Il est à remarquer, écrit son auteur, Alain Boyer, que personne n’a soulevé à l’époque le problème de la compatibilité de cette subvention avec l’article 2 de la loi de 1905, concernant la séparation des Églises et de l’État qui dispose que la République ne reconnaît ni ne subventionne aucun culte ; il aurait pu d’ailleurs être répondu que l’État ne finançait que la partie culturelle, l’institut, et non pas la mosquée proprement dite, c'est-à-dire le lieu de culte. »

« Il aurait pu être répondu» :
Donc c’est plus tard que l’on a justifié ainsi les subventions de l’État et de la ville de Paris. Sur le moment, on s’est contenté de trouver cette construction nullement incompatible avec la loi de séparation.
C’est ce que l’on appelle une rationalisation a posteriori.

Vois-tu, comme moi aussi je suis historien, je me permets une autre interprétation, qui me semble fort plausible.
On a aussi raisonné par analogie : en effet la conséquence de l’article 1 de la loi de 1905, de sa garantie du libre exercice des cultes avait été double :
- d’une part la mise à disposition gracieuse (donc manque à gagner par absence de loyer) des édifices du culte existants en 1905 et propriété publique (des milliers et des milliers !), mise à disposition aux religions correspondantes à ces édifices (et on y a ajouté presque tout de suite le droit de faire des réparations sur fonds publics) ;
- d’autre part, la possibilité (prévue dans l’article 2 lui-même) de payer des aumôniers pour garantir le libre exercice du culte dans les lieux clos : hôpitaux, prisons, armée, internats des lycées,…

On s’est dit : étant donné tout ce que l’on consent financièrement pour garantir l’exercice des cultes catholique, juif, protestant, c’est bien le moins de donner des subventions publiques pour une Grande mosquée et son minaret.
D’ailleurs le père de la loi de 1905 Aristide Briand avait dit à son propos : « En cas de silence des textes ou de doute sur leur portée, c’est la solution libérale qui sera la plus conforme à la pensée du législateur. »


De plus, et je vais t’étonner Nicolas, les laïques, ils aimaient bien les minarets.
Quand on a posé la 1ère pierre de la mosquée, le maréchal Lyautey a fait un très beau discours. Il a déclaré :
« Quand s’érigera le minaret que vous allez construire, il ne montera vers le beau ciel de l’Ile de France qu’une prière de plus dont les tours catholiques de Notre-Dame ne seront point jalouses. »
Et tous les dirigeants et militants laïques présents l’ont chaleureusement applaudi.

Ils étaient comme cela les laïques : ils assumaient, mais ne voulaient pas « valoriser » les « racines chrétiennes de la France ».
Ils estimaient, au contraire, que le pluralisme religieux faisait partie de son histoire, de son identité nationale laïque.
Et plus il y avait de prières différentes, plus ils étaient contents.

J’ai plein d’autres choses à t’écrire à propos de ton discours. Mais la bonne pédagogie veut que l’on ne cherche pas à en dire trop en une seule fois.
Pour le moment, assimile bien ces deux premières leçons.
Écris-nous vite une seconde tribune qui rectifie le tir.
Et on reviendra ensuite sur le « communautarisme » notamment, car la (en un seul mot ?) il y a aussi quelques petites choses à reprendre.


Ton cher compatriote
Mouloud Baubérot

dimanche 22 novembre 2009

La main dans la culotte nationale

La main du hasard est parfois bien cruelle pour nos petits monarques en mal d’Histoire et de chats à fouetter pour appâter les gogos. En plein débat identitaire avec baguette et camembert simpsonnant les Sarko, voilà qu’Henri la débrouille sauve le drapeau français d’une main vengeresse mais tricheuse, exécutant néanmoins roulades victorieuses et tutti quanti bombements de jabot à des poitrines trois couleurs s’arrachant les plumes de bonheur dans une communion nationaliste où foin des gratteurs de conscience nom de dieu l’important c’est de gagner et de sceller la cassette de la chaîne bétonnée des cerveaux disponibles à la consommation de tous les opiums y compris celui de la connerie qui lave jusqu’à l’honneur. Car monsieur, on est fier d’être français et pas question de laisser à l’Irlande les verts pâturages des cocoricos. Etre français comme bave l’autre à la télé c’est être malin, oui monsieur plus malin, d’ailleurs l’exemple ne vient-il pas d’en haut, la roublardise guidée par la main sondagière ne huile-t-elle pas le jeu des gouvernances. Aller aider le destin d’une main coupable mais non moins opportune n’est-ce pas astiquer l’identité nationale. Black blanc beur et on s’achète une belle âme pour reconduire aux frontières les sans identités. Face à ce vol caractérisé, du sommet de l’état au guignol Domenech, tout le monde botte en touche et se met la tête sous le gazon, préférant le déshonneur à l’humiliation d’une absence de qualification. Henri l’embrouille osant même nous faire le coup du fair-play une fois connue l’opposition de la Fifa à faire rejouer le match. Décidemment cette main dans la culotte nationale tombe mal pour nos masturbateurs d’identité.

P.S : sur antenne 2 hier, on apprenait que cette sélection vaudrait pour Domenech une prime de 862000 euros, pour chaque joueur 140000 euros plus 10000 euros par match gagné. Cette main du diable est donc une main en or. A ce prix, on comprend encore mieux qu’on soit capable de vendre son âme et de voler une victoire. Pourtant demain combien d’exclus continueront d’alimenter la caisse.