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mardi 2 juin 2009

Ceci n'est pas une pomme

Aujourd’hui 2 juin, le nouveau musée René Magritte ouvre ses cimaises sur la place royale à Bruxelles. Ce cadre prestigieux va montrer la plus grande collection, plus de 200 œuvres, de cet artiste considéré comme le plus grand peintre belge du 20è siècle, mais aussi dessinateur, graveur, sculpteur, photographe et cinéaste. Né à Lessines en 1898, il est mort à Bruxelles en 1967. Son adolescence sera très marquée par le suicide de sa mère. Parti d’un futurisme tendant à l’abstraction, en passant par le graphisme publicitaire, il devient à partir de 1926 un artiste éminent du mouvement surréaliste, très proche d’amis poètes comme Scutenaire ou Paul Nougé.
L’originalité poétique de l’œuvre de Magritte avec ses titres sans rapport apparent avec le tableau, mais chargés eux aussi d’un grand pouvoir spéculatif, fait qu’elle imprègne fortement l’imaginaire collectif. Ses toiles sont connues d’un large public, même si une majorité en ignore souvent le signataire. Leur grande séduction tient au fait que Magritte fabrique du rêve, du mystère avec les éléments les plus réalistes, les objets les plus simples et identifiables, les situations les plus réelles. Il casse la logique rationaliste, il transgresse les références visuelles et intellectuelles dans la composition, la mise en espace de ses toiles et du coup conteste la perception du réel, ouvre l’imaginaire. Ses distorsions semblables à celle d’un poète nous affranchissent du carcan du regard unique, nous font toucher d’autres réalités possibles, des surréalités. Magritte nous offre dans la vision de ses tableaux et le décalage de leurs titres des suppléments buissonniers.
Ainsi écrivait-il: « Je veille, dans la mesure du possible, à ne faire que des peintures qui suscitent le mystère avec la précision et l’enchantement nécessaire à la vie des idées. »
Ainsi disait-il : « Je déteste mon passé et celui des autres. Je déteste la résignation, la patience, L’héroïsme professionnel et tous les beaux sentiments obligatoires. »
Ainsi confiait-il : « J’aime l’humour subversif, les tâches de rousseur, les genoux et les longs cheveux des femmes, le rire des jeunes enfants en liberté, une jeune fille courant dans la rue ; Je souhaite l’amour vivant, l’impossible et le chimérique… »
Aujourd’hui 2 juin, place royale à Bruxelles, l’œil va pouvoir s’écarquiller devant une peinture, à l'image de ses propos, d’une éternelle verdeur lisible et visible comme une pomme au milieu de la figure.

vendredi 29 mai 2009

Voyage en Camelie



En mai 1992, lors d’une de ses expositions aux Sables d’Olonne, j’ai découvert l’univers extraordinaire d’un singulier touche-à-tout de génie, peintures, gravures, sculptures, céramiques. Un univers de siestards qui collent à la terre, d’histoires qui se cognent au ciel, de chairs débordantes, de pulpes odorantes, de rouges géranium, de bleus matines, de vert reine-claude, de couleurs de réclames émaillées. Un univers bourré d’amour et d’humanité.
En octobre 1992, j’ai eu le bonheur d’être accueilli dans son univers par Pierre Nivelle dit Camelus. Camelus tirant sa racine du lieu-dit le Camel, partagé avec sa compagne Geneviève. Y pénétrant, j’ai eu le sentiment, tout de suite, d’être, aussi, l’invité de toute sa création. J’avais sous les yeux toute l’inspiration de ses toiles, de la bâtisse aux jardins en passant par toute la gente animale, chats, moutons, canards… et dans l’écrin d’un magnifique paysage. En octobre 1992, j’ai eu le bonheur de découvrir un homme malicieux, attentif aux autres et au monde, un inventeur amoureux du cosmos, curieux de tout et en quête perpétuelle de chemins nouveaux, un artiste doué capable de la touche la plus délicate comme de la métamorphose la plus étonnante de la plus vulgaire boîte écrasée.
En octobre 1992, j’ai eu le bonheur de lier amitié avec Geneviève et Pierre, d’être admis royalement en Camélie, cet ilot grand comme une palette à l’échelle du monde mais sans mesure à l’échelle de la peinture. Dans ce Giverny camélien, j’ai entendu un peintre, devant son chevalet, dire : « Il faut tout aimer .Plus on s’intéresse aux autres, plus on est modeste sur son travail. Chaque peintre est un chercheur. C’est comme un tricot, chacun apporte un peu à celui qui vient. On n’invente pas grand’chose ».
En septembre 2000, la peinture a croqué Camelus. Pierre est parti tricoter des pinceaux avec ses potes Edouard Pignon, Picasso ou Calder. La Camélie, passionnément entretenue par Geneviève sent toujours la peinture fraîche. C’est encore cette terre d’indépendance que Camelus décrivait, ainsi, en 1997 : « En Camélie, comme presque partout, il y a le printemps, l’été, l’automne et l’hiver. Ceci pour le commun des mortels. En y regardant de plus près, la Camelie bénéficie de douze saisons et en reniflant au ras des pissenlits, il se trouve que pour de vrai, il y a presque trois cent soixante cinq saisons, une par jour. »
Et sans doute autant de toiles ou autres créations que je vous invite à découvrir sur le site tout neuf : voyageencamelie.com