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dimanche 7 juin 2009

L'ami des jardins
















Un dieu s'est éveillé dans ce jardin
quand la sauvagine s'est enfuie

C'est l'heure laiteuse
où le ciel livre
ses bouquets de pivoines et de campanules

Et c'est le premier oiseau
sur les ailes bleues des arbres.


Poèmes d'Annie Briet d'après tableau de Louttre.B
extrait "la chair des jours" chez Soc & Foc mai 2009

vendredi 5 juin 2009

Comme pomme d'arrosoir
















Elle a les genoux rassemblés comme
Deux museaux frais d’agneaux tout
Le silence leur est un paradis
D’eau. Elle a les genoux comme
Deux taupinières de terreau dans l’herbe et
Les jardins sont des paradis d’air
Comme un couple de mots au milieu
De la phrase et le langage serait
Un paradis de poèmes les genoux fermes
Et joie comme des joues.

Elle a le sein droit plus léger
Pointillé pomme d’arrosoir le sein
Droit comme un jardin le soir mais
Oui comme un jardin il y a
Autour un village en Vendée ou
Peut-être un bord de Loire et
C’est très tard et très peu de couleur
Elle a le sein droit posé après
Tout un pays de vignes après
Tout un temps de travail à la vigne

Et fatigué fatigué mais le vert ah
Me voilà perdu vignes
Comme une parole et je parlais
Il faut tailler tailler ramasser la phrase ah
Venir à l’évidence du sein droit.

James Sacré extrait de « Cœur élégie rouge » 1972

dimanche 10 mai 2009

Un présent de fer

« S’il n’y a pas d’enjeu c’est alors la justesse de vie qui importe. Par justesse il faut entendre un équilibre où la joie qui monte n’est pas aussitôt abattue, sans raison. C’est évidemment un programme peu profitable aux sociétés de ce monde mais c’est celui où l’on peut encore trouver sa justification.
La rentabilité est le créneau par où passent des ombres de manchots.
Je pense soudain à la luzerne. C’est comme si j’allumais une lampe douce sur ce coin de table.
Sommes-nous si misérables qu’un seul mot suffit parfois à nous désespérer ?
C’est la vieille fable : il faut fléchir pour ne pas se casser. Mais, en tournure argotique, on peut bien se casser pour ne pas fléchir.
Travailleurs acharnés. Tiens, tiens, et que font-ils ?-Ils démolissent un passé de pierre pour instaurer un présent de fer. »

Pierre-Albert Jourdan, mai 1980 dans « les sandales de paille »

dimanche 8 mars 2009

Journée de la femme au bord des lèvres

Le cantique

Et toujours ton corps à paysager
dans mon Regard : seins-collines
sous la laine et les épaules moutonnent.
Chevelure en cascade, lierre brillant.
Vallon de la taille où voltigent les mains
par les feuillages. Habiter les roseaux
les mousses, rejoindre la fraîcheur âcre
sombrer en profonde liesse. Accords et cris
d’âge en âge, plus haut que la mort.
Amour incessant comme la sève.

Colette Nys- Mazure

Le pont de neige (extrait)

Dans le cercle des bouleaux
La petite scie des criquets
Accompagne la tiédeur, l’allonge
Jusqu’au soir.
Je lâche les rênes, me laisse
Enlacer par le calme
En suspens dans les feuilles
Et m’enracine dans leur rêve.
Il reprend
Inlassablement
Ma nostalgie.

Jeanine Salesse

Une manière d’aile (extrait)

Une manière d’ailes
Qui se déploie
D’elle en lui
Une longue étreinte
Du corps sur lui-même
Je suis
Votre rêve
Une manière d’elle
Mésange bleue
Dans le ciel vide
Blonde et homme
Femme au bord
Des lèvres.

Patricia Cottron-Daubigné

lundi 2 mars 2009

boggie blues/5


Ce que des yeux tu touches
S’enflamme, court
Le long des nerfs
fait entrer le ciel
Son flot de silex
Dans le flou du voyage

dimanche 1 mars 2009

boggie blues/4


Je lis les paysages
Sur les lèvres des mots
A travers leurs visages
Je poursuis le temps
Je soude les indices
D’un polar de gare.

Quand il est mort le jardinier

Longueur ou rudesse, chacun mesure l'hiver à son propre mercure. Mais il suffit de l'alignement de quelques soleils, à la mi-février, caressant l'échine, pour ébrécher l'argile impatient du jardinier et réveiller dans son sang mille fourmis ouvrières. Et le voilà tournant autour de ses carrés vierges comme un poète autour de ses pages neuves, humant l'air frais, goûtant le mot "matin" avant de plonger sa bêche sous la croûte pour retourner un noir profond et gras.
Puis quelques pages terreuses tournées s'asseoir contre le vieux poirier pour relire Lucien Suel dans La Mort du jardinier : "Tu arraches l'ail les oignons et les carottes comme si tu tirais la queue-de-cheval de ta sœur... tu pèles une pomme en regardant par la fenêtre le chat noir qui avance en rampant vers une proie invisible, il tortille du derrière, s'arc-boute et soudainement bondit, le malheureux troglodyte a dû mourir sur le coup... avec le râteau à l'endroit cette fois, tu caresses doucement des dents la terre de chaque côté du sillon pour recouvrir les graines de laitue, tu es seul à savoir ce qui se cache là-dessous, tu sais aussi que dès cet instant l'humidité commence à ramollir la cutucule de chaque graine et que la température est suffisante pour déclencher le programme de l'adn végétal, tu n'as pas d'explication définitive pour ceci, tu acceptes le don de la vie... tu écris de nouvelles pages dans la terre du jardin, tu rédiges des brouillons successifs, tu élagues, tu mets au propre, tu relis tu déchires, tu chiffonnes des boules de papier, tu jettes au fumier, tu recommences, l'écriture te nourrit, tu rédiges les versets de la terre, tu graves dans la glaise, ton corps est ton dernier volume, les rides et les cicatrices, les plis et les replis, les bosses et les creux racontent ton histoire et celle de tes frères."
Longueur et rudesse, chacun mesure l'hiver à son propre mercure. Mais il suffit de l'alignement de quelques mots, à la mi-février, caressant le cœur, pour ébrécher la grisaille des jours et éveiller dans l'âme mille abeilles butineuses.

samedi 28 février 2009

Boggie blues/3


Dans le wagon vide
Le cœur défroisse
Les canson frottés
A l’encre de chine
Le ciel de crayons
Qui dessine l’enfance.

vendredi 27 février 2009

boggie blues/2


La balafre des instants
Ouvre grand ton œil
Noyé contre la vitre
Sniffant l’éternité
Qui déraille le paysage
L’esprit traverse
L’écran de fumée
Souffle tes rêves
Dans le paquet des nuages
Au visage des choses.

jeudi 26 février 2009

boggie blues/1


Au bord de ta vie
L’imaginaire brûle
La broussaille du vide
Dans le roulement des voies
Ton œil enchaîne
Ses points d’incandescence.