mardi 9 avril 2013

La misère en milieu étudiant…



Au milieu de la page 3 de Ouest-France ce 9 avril entre la relation de l’assassinat d’un finistérien au Canada et quelques brèves internationale ce papier : « La prostitution gagne les bancs de l’université ». On est d’abord interpellé par ce titre étrange. La prostitution gagne les bancs de l’université. Après quelles autres bancs ? On pense immédiatement aux bancs de l’Assemblée Nationale. Peut-être un raccourci d’actualité dans l’esprit du journaliste. Affaire Lilloise ? La prostitution de l’argent en général ?
Le titre, en vérité, est bien lisse, bien banal pour relater cette terrible réalité : plusieurs milliers de jeunes femmes doivent recourir à la prostitution pour survivre en poursuivant leurs études. Voilà une vérité bouleversante qui devrait remuer toutes les consciences. Quelle est cette société qui contraint les unes à se prostituer, les autres à dormir dehors ? Qui condamne au précariat des millions d’individus ? C’est banal de le dire mais le régulier creusement des inégalités ronge lentement mais sûrement notre démocratie.
Nous sommes arrivés à un taux d’acceptation de la violence sociale absolument impensable !
Sans fraternité et travail vers plus d’égalité, nous précarisons notre liberté non de loup mais d’Homme parmi les hommes. En obligeant nos enfants à monnayer leurs corps, nous vendons notre âme.

Un poème est une épée




Les mots sont des épées contre les ventres des brouillards
, j’avais emprunté ce vers de Guillevic pour tenter de résumer l’esprit de mon blog au moment de sa création. Persuadé que l’expression poétique est le dernier rempart à la nuit et au brouillard de nos sociétés. Je viens de découvrir que les jeunes filles et femmes afghanes écrivent et clament le plus souvent clandestinement, des Landai, poèmes très courts souvent de deux vers pour crier leur enfermement religieux et mental, comme dénoncer leurs mariages forcés ou l’oppression de leur famille. Ils prennent parfois des accents plus politiques en s’attaquant à la présence militaire occidentale. Elles le font parfois au péril de leur vie. Ô séparation ! Je prie pour que tu meures jeune. Toi qui mets le feu aux maisons des amants…
Rahila était le nom de plume d’une jeune poétesse, Zarmina, qui s’est suicidée il y a deux ans. Sa belle-sœur l’avait surprise en train de lire ses poèmes d’amour au téléphone au cercle poétique de Kaboul Mirman Baheer qu’elle avait découvert en écoutant la radio. Sa famille en avait déduit qu’il y avait un garçon à l’autre bout du fil. Pour la punir, ses frères l’ont battue et ont déchiré ses carnets. La poétesse qui meurt jeune : Son souvenir sera une fleur piquée dans le turban de la littérature. Dans sa solitude, chaque sœur pleure pour elle.Écrira une autre jeune poétesse après son suicide.
Landai en pachtoune signifie « petit serpent venimeux »… Pour le cercle poétique Mirman Baheer, un poème est une épée.



vendredi 5 avril 2013

Un drôle de penchant.




C’est ainsi, même si je cultive un esprit plutôt large et volontiers poétique, j’ai toujours un peu de mal à admettre la vie secrète des choses, particulièrement celle des objets qui m’entourent. Que j’ai donc, à priori, disposés pour mon plaisir avec le plus grand soin. C’est toujours le soir que le doute prend corps au moment où justement je m’apprête à me délester de mon impitoyable réalité de la journée en me laissant épouser par mon fauteuil et attirer par les millions de pixels de l’actualité. Quand, à deux doigts de synchroniser quelques neurones disponibles avec la diction promptée du présentateur, mon cortex vient se fixer sur le tableau pendu un peu à gauche de l’écran : Il penche de nouveau à droite.
Hors que ce penchant s’avère contraire à mon propre centre de gravité politique, il vient contrarier ce besoin d’équilibre qui, à cet instant, m’est indispensable pour lentement évacuer toutes les petites avanies et contrariétés des heures précédentes. Et me plonger dans la plus grande perplexité car je suis sûr de l’avoir remis parfaitement rectiligne la veille. D’autant que parcourant la pièce, je dois me rendre à l’évidence qu’il n’est pas le seul, loin de là, à avoir repris sa liberté d’opinion. Imperceptibles secousse sismique ou tassement du sol, passage d’insectes ou dépôt de poussière ? Pourquoi ne pas admettre un retour délicat au clou après une nuit un peu chaloupée ? Ou que ce léger clin d’œil angulaire ne vise qu’à me décrocher du triste spectacle du monde.





mardi 2 avril 2013

La fille aux petits pois





Ce matin son sourire m’est revenu qui remonte joliment ses pommettes, en gracieux arrondi ensoleillant le teint. Puis le pétillement de l’iris sur l’étoilement de l’émail. Un instant s’est allumé tout son visage. L’expression de sa gaieté amusée. Malgré sa tenue maison, genre saharienne gazon, boursouflée de poches, liseré rouge Gamm vert sur la poitrine, elle est plutôt jolie. Son prénom, lui, n’est pas brodé. Karine, je l’ai entendu interpellée par un collègue « Karine tu montreras au Monsieur ». J’ai regardé le monsieur en m’interrogeant sur la chute de la phrase. Que devait-elle lui montrer ? Ce genre d’invite suspendue qui déplace les idées. Elle est donc assez jolie pour qu’on choisisse plutôt sa caisse quitte à flâner un peu sans raison au rayon voisin.
J’avais pris une boîte de fèves Aquadulce et une de petit pois Téléphone à rames. J’avais longuement hésité devant le large éventail des semences. J’avais fini par choisir ces grains ridés parce que plus sucrés et plus résistants à la chaleur que les grains ronds selon le dos de l’emballage. Et surtout parce que je me souvenais que déjà mon père les semait. Ainsi j’avais le sentiment de continuer les lignes filiales et de remuer dans ces micros billes un peu du tendre de mon enfance. Grains ridés, effet du temps alors ? Téléphone à rames, téléphone arabe, téléphone qui rame, détachée l’appellation ne manque pas d’humour renvoyant à la bakélite noire avec son cadran et à la voix médiatrice de la préposée. Peut-être pour son obtenteur et inventeur, la vision des gousses pendant au bout de leurs fils tortillés comme des minis combinés.
La fine main m’avait conduit à glisser ma carte moi-même dans le lecteur, dans d’autres endroits on vous la prend des mains. Est-ce genre d’incertitude qui plonge le français moyen dans la morosité contagieuse ? « Vous pouvez composer votre code ». Fréquence ouatée de l’Intonation ? J’ai eu le sentiment d’un rappel mais gentil à la réalité. Avais-je à ce point desserré le temps ? J’ai levé les yeux pour tomber sur le sourire des siens et le semis éclatant de ses dents. Visiblement désolée d’être dans le rôle de l’ange vous ramenant sur terre. Juste son « c’est rien » très doux derrière mon « excusez-moi » désarmant toute dérive, je suis parti avec les grains de sa peau et le bruit des mes petits pois dans leur boîte.
Etes-vous libre ce soir ? M’accompagneriez-vous prendre un pot ? Sans doute la jeunesse actuelle avait dû remiser ces vieux poncifs d’approche. Au moins de l’âge de son père, je passerai fatalement pour un vieux satire. Mais pourquoi ce désir de rembobiner cet instant, renouer le fil d’une histoire avortée par la convention des gestes et le prix du temps, le théâtre intangible du commerce. Peut-être vouloir lui dire qu’elle vendait aussi du rêve dans ses boîtes de semences, que sa gentillesse jardinière pouvait faire pousser de la joie. Sans oser le « T’as d’beaux petits pois tu sais… » Je pourrais peut-être lui dire : « Vos beaux petits pois d’amour me font, belle demoiselle, mourir » ou bien « mourir vos beaux petits pois, belle demoiselle, d’amour me font. »

dimanche 31 mars 2013

Vulnerant omnes ultima necat




Toutes les heures nous blessent la dernière nous tue.

samedi 30 mars 2013

L’heure d’été



Nous voilà à peine au printemps, qu’on nous annonce le passage à l’heure d’été. Alors que pâques se profile aux glaçons et que la chasse aux œufs en chocolat se fera en moufles. Aucune hirondelle pour élégamment géométriser le ciel et poser sa croche sur le fil. Juste le nez doré de quelques pâquerettes dans nos affaires d’hiver. Mais c’est ainsi l’homme adore bricoler son destin et il voit sans doute dans cette course contre le soleil une avancée dans sa quête d’immortalité. Le même qui ne cesse de lorgner nostalgiquement en arrière ne rêve que d’être en avance sur son temps, de naître avant sa naissance et mourir après l’heure. Alors il règle ses aiguilles sur la courbe du baril ou le trottinement du code-barre. Peu importe le mouvement horloger des sphères il préfère tirer sur le ressort, plier le sablier à ses grains de folie. Nous voilà à peine aux giboulées, qu’on voudrait nous voir nus au milieu des épis. Alors que Pâques s’annonce aux tisons et que fondent les cloches sous les flocons. Demain sera un autre jour où le chat nous regardera ironique courir après notre ombre comme lui après sa queue.


mardi 26 mars 2013

Le bol / 8 / Ding Ding Song.




On l’imagine posant pour un peintre. Ce bol dont l’ivoire un peu jauni au fil des lèvres infuse une lumière neigeuse. Sa coupe épurée et fine semble évaser un calice floral. On l’imagine ouvrant son cœur dès l’aube. On l’entend sonnant clair contre l’ongle. On le sent doux comme un visage dans la pulpe des doigts. On le voit sourire, peut-être au temps qui passe. On l’imagine rêver à la Terre.
Est-ce son motif fleuri, sa caresse magnétique ou son paysage tranquille qui avaient attiré son acheteur ? Sa blanche perfection ou le royaume secret de son cercle ? Il l’avait acheté 3 dollars pour le plaisir des yeux.
Pourquoi bien des années plus tard s’est-il décidé à le faire expertiser ? Sans doute lentement touché par sa beauté simple, absorbé par son énigmatique rayonnement avait-il fini par le voir comme une véritable œuvre d’art.
Bingo, il vient de revendre son bol chinois pour 2,23 millions de dollars. C’était un Ding millénaire de la dynastie Song.
Voilà maintenant l’homme riche mais pauvre de ce soleil pâle qui ouvrait chacun de ses matins.

samedi 16 mars 2013

Mon chat et le merle




Il battait un peu d’une aile ce matin. Victime malheureuse des reflets frémissants de la véranda ou du jeu acéré de mon miauleur auquel je l’ai in extremis soustrait. J’ai beau, sur ce point, entretenir avec lui une controverse inépuisable, j’éprouve toujours la plus grande difficulté à lui enfoncer dans sa cervelle d’oiseau que notre goût commun pour la gente ailée ne répond pas aux mêmes appétits. Ainsi, l’hiver, lui faire admettre que les nichoirs dont régulièrement tombent des graines ne sont pas, en réalité, de machiavéliques pièges au pied desquels il suffit de faire le mort pour vivre de ses griffes.

Il battait un peu de l’aile ce matin ce merle charbonneux dont l’œil cerclé du même orange que le bec me fixait méchamment, bien que tremblant de toutes ses plumes de la tête à la queue. Lui qui d’habitude sautille dans le vert, siffle ou flûte dans le noir du feuillage, au creux de mes mains, une boule de peur visiblement dans le sifflet, criaillait plutôt dans un aigu plaintif. Sorte de petits coups d’épingle inharmonieux. Quand je l’ai relancé dans les airs, j’ai croisé la prunelle incrédule et dépitée du chat.
J’attends qu’au temps de mes rouges cerises, devant mes claquements de mains, il vienne moqueur me rappeler un élargissement quelque peu léger.





jeudi 14 mars 2013

Mes mémoires en captivité / Dans le jardin de mon père.




Il avait titré ainsi les 32 feuillets au crayon de bois, trouvés à son décès. Leur fanage me contraint à la loupe. Du premier janvier au trois mai 1944, quatre mois de son déracinement à la frontière allemande. Vendredi 28 janvier : toute la journée nous continuons nos châssis. Journée pluvieuse. Le soir au lager rien de nouveau. Quatre mois de ses cinq mornes années de prisonnier de guerre, réquisitionné comme jardinier. J’ignore s’il avait consigné la totalité de ces jours perdus. Courts versets de l‘existence de ce jeune paysan enlevé à ses journaux de terre.
Jeudi 13 avril : après avoir arrosé mes châssis, je plante des salades toute la journée. Il a fait une belle journée. Le soir au lager je touche une carte de MJ du 14 mars. Il ne dit pas je reçois mais je touche évoquant ce courrier envoyé, un mois auparavant, par Marie-Joséphine, ma mère. Je le vois, alors qu’il écrit ce je touche, longuement caresser les mots de celle qui l’a suppléé dans le jardin qui jouxte la ferme. Je le vois promener le nez sur la peau de sa chère terre. Alors si loin et si proche dans leur continuité de gestes.
Ils laisseront leurs champs quelques mois après sa libération. Pour se gager en ville chez un ancien huissier, elle à la cuisine, lui au jardin. Il refermera définitivement cet exil. Jamais ne m’en touchera un mot. Lui échappera seulement, pendant soixante ans, le péjoratif boche.



mercredi 13 mars 2013

A poêle !




Le monde est ainsi fait et injuste. Tandis qu’il fait blanc en France et que des milliers d’automobilistes désoeuvrés s’amusent sur le côté des chaussées à faire des bonhommes livides genre Paul ou Benoît des neiges, il fait noir à Rome. Noir de monde. Plus une place sur St Pierre. Des milliers de mirettes enflammées et agglutinées pour les volutes d’une fumée immaculée. Un grand feu d’hosties. Des milliers d’intoxiqués à l’effet de chaire et au charbon de foi. Des milliers d’enfumés qui lorgnent les signaux indiens d’une tribu de pompes rouges, genre famille tuyau de poêle, cadenassée et condamnée au fourgonnement de crâne jusqu’à ce que Saint Esprit s’en suive et brûle leur cervelle. Que sortent alors de l’urne funéraire et montent au ciel les cendres du papabile devenu pure essence à papamobile.

Fumette suite:

Défiant le temps et les bookmakers voilà qu'un second François 1er est sorti de la fumée argentine.Un pas fier et ami des pauvres comme des généraux putchistes et as de la disparition.( Dans "No" film chilien en salle actuellement on peut voir aussi une superbe accolade de Jean Paul 2 avec Pinochet...)
Une nouvelle fois le service public télévisuel a fait preuve d'un esprit Laïc remarquable.Jamais le 20h n'a mieux mérité son surnom de grand messe au point de nous infliger la punition en direct d'un pater et d'un ave...

Amen!