mardi 28 janvier 2014
lundi 27 janvier 2014
Paysages avec arbres. ( Sur tableaux de Guy BUGEAU )
Un
paysage s’est installé au fond des yeux. Plutôt le corps d’un paysage,son
innervation, sa substance. Sa matérialité métaphysique. La terre peinte d’une
nomadie.
Un
paysage s’est écrit, s’est ancré. A voyagé par l’arbre. Un paysage s’est encré
par l’arbre.
Un
arbre a percé nos yeux, fleuri notre bouche. Vertébré note genèse.
Un
arbre a fendu l’ombilic avec son chant de pierre. Un paysage a creusé notre
tronc, poussé dans nos ramures, étalé notre mémoire. Un paysage tiré par le
feuillage.
Un
arbre a soufflé sa mémoire au visage d’un paysage. Tiré de nos larmes son
bourgeonnement.
Un
arbre nous tient au bord du vide, retient le paysage par le feuillage.
Un
arbre plongé dans nos racines serre le paysage.
jeudi 23 janvier 2014
Vers le regard de Guy BUGEAU.
Le
peintre invite le poète dans son regard. Lui demande de touiller, avec sa
langue, ses visions. De poser des bleus, des rouges ou verts, sa propre palette
sur ses vibrations, des noirs transparents ou calcinés, des ocres dorés ou
sombres. d’ouvrir l’œil sur ses territoires convulsés et organiques. De peindre
en mots ses paysages intérieurs, d’entrer en résonance avec ses partitions.
Mais comment rendre l’unité batailleuse des pigments et des formes,
l’affrontement harmonieux des traits, les strates organiques de l’équilibre
final dans la masse d’encre d’une page ? Comment en faire suivre, par le
doigt, les lignes ouvrières ? Comment en faire lire la lumière à haute
voix ?
Comment
verticaliser l’acte de voir quand il s’agit d’exposer non une image optique, une
surface collée à l’œil mais un paysage intouchable. Une traversée du quotidien
aveuglé vers la conjonction de lambeaux d’une lumière originelle. Les
territoires pigmentés d’un regard descellé en quête d’une vallée de l’âme. Le
retour d’un corps perdu vers sa glaise heureuse. Comment rendre lisible cette
joie déracinante et son frémissement chromatique, ce combat lacérant et ses
tremblements veloutés. Cette houille tourmentée et sa houle de brumes, ces
ciels grattés et leur vaporisation neigeuse. Comment passer cette frontière qui
s’échine dans la trame, perd ses eaux.
Comment
répondre à ce cheminement au bord du chaos, à cet oeil tourné vers le maelstrom cosmique ? Le poète
sollicité ne peut s’imposer critique. Rendre copie d’une habileté technique,
d’un savoir projectif. Il ne peut dire que l’éboulis des couleurs au pied de
ses voyelles. L’ouverture de ses fibres dans la respiration des ramures. Son mal de terre aux lèvres des déchirures.
Son mal de ciel dans la mouvance des ombres. Il ne peut que se laisser formuler
par les tensions épiphaniques d’une chair agrippant son mystère. Il ne peut que
buvarder cet incendie de signes. Comment répondre à ce grain d’étoile
interrogeant la montagne du visible, autrement que par le chamboulement de son encre.
Jean-Pierre Sautreau
lundi 30 décembre 2013
dimanche 22 décembre 2013
Le "jardin de mon père" sur France Inter
http://www.franceinter.fr/emission-la-main-verte-la-buche-de-noel-0
jeudi 12 décembre 2013
J’ai 11 ans / 17/
Le car nous a laissé sur une place hérissée de clochers parmi quelques arondes, dauphines et 403. Je traîne derrière Maman qui serre la valise familiale marron qui, avec les années, deviendra ma valise avec mon nom crayonné au bic rouge sur l’intérieur écossais. Les lourds battants d’un porche franchis puis les fers lancéolés d’une grille blanche, nous butons au seuil d’un large rectangle, la cour des petits, apprendrais-je dès le soir, les petits désignant les sixièmes et cinquièmes, un temps cloués, surpris, sans doute, l’un et l’autre pareillement, par la masse intimidante et sourde des façades, nous enserrant soudain et jetant à nos yeux les reflets de dizaines de vitres et vitraux. Un camaïeu de gris sales de l’ardoise éteinte au crépi âgé. Seule perçant cette dévorante grisaille, une galerie vitrée courant tout le long du bâtiment central, m’évoquant avec ses piliers forgés comme une sorte de verrière ferroviaire.
Sur les consignes d’accueil, nous obliquons vers le bâtiment de gauche, pour gravir vers le second étage, derrière d’autres valises, d’autres mamans, d’autres enfants tête baissée, les degrés de pierre d’un large escalier en colimaçon. Alternativement j’agrippe les barreaux noirs et froids et la rampe lustrée pour hisser un petit corps dont le cœur trébuche. Je monte vers le dortoir scrutant furtivement les expressions des familles qui redescendent et surtout les visages de mes futurs camarades d’écrou. Mais je ne croise que la figure fuyante, intimidée et soucieuse de petits endimanchés emboîtant les jupes quand j’aurais été rasséréné de voir l’un d’eux dévaler joyeusement les marches.
Mais je comprends, à l’entrée du dortoir, qu’ils descendent avec la première vision de cette pièce démesurée où s’alignent quatre rangées d’une vingtaine de lits de fer, opposés pied à pied de chaque côté d’une allée tracée par l’étroit chemin d’un tapis usé et fixé sur le parquet noirci, la première vision de chaque couchage recouvert de la même cotonnade frangée aux ramages stylisés et séparé de l’autre par une petite armoire de bois blanc ciré à un tiroir et deux portes. Mais je comprends, devant cet ensemble, qui leur a peut-être évoqué des images de salles communes d’hôpital ou de chambrées militaires, qu’ils redescendent avec ce sentiment d’arrachement de la chambre familiale et d’embarquement dans une solitude et un engloutissement collectif qui, à cet instant, m’étreint.
jeudi 5 décembre 2013
mardi 3 décembre 2013
lundi 2 décembre 2013
dimanche 1 décembre 2013
J’ai 11 ans / 16 /
A mon retour fin juillet j’ai retrouvé un jardin mangé d’un tiers, la maison prolongée de deux chambres et d’une petite salle d’eau. J’avais ainsi la véritable explication du pour mon bien de mon éloignement. La maçonnerie était l’œuvre d’un oncle, la menuiserie celle de mon frère. Après son mariage, ces chambres seront régulièrement louées pendant l’année scolaire. J’occuperai celle du fond aux vacances.
Ce 15 septembre 60, la Toussaint me parait très lointaine. Je me crispe contre les haut-le-cœur qui me brassent dans l’autocar Chausson qui m’emmène vers l’inconnu. Chavagnes à 70 km, j’ai tout le temps, à côté de maman qui serre une serviette, de mélanger le rire de Monique à la joie radiophonique de Jazy second du 1500 m, le 7 septembre, aux Jeux olympiques. J’ai tout le temps de ne surtout pas imaginer mes lendemains.
J’ai 11 ans, c’est une autre histoire maintenant entre le ciel et moi. Entre le ciel et mes petits îlots de terre. Entre le bon dieu et mes petites diableries. J’ai 11 ans petites ouies prises dans les mailles avec des dizaines d’autres. Joli coup de chalut diocésain cette année-là. Exactement cent nouvelles recrues pour cette rentrée 60. Résultat d’une année baptisée l’année du sacerdoce. Les rabatteurs se frottent les mains ointes. Je suis l’innocent aux mains vides. Je ne me demande pas, encore, quelle conjonction de duperies et flagorneries cléricales, de projection et aveuglement familiaux, de lâchetés amicales m’a arraché du commun troupeau ?
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