mardi 19 octobre 2010

La France à la braguette!

Forcément en temps de crise, de rigueur imprononçable, de serrage de bourses, nos politiques finissent par avoir le cerveau au dessous de la ceinture. Par ne penser qu’à ça. Après la petite gâterie de Rachida, Ségolène dans un ébat télévisé, sur la retraite, avec Arlette Chabot, n’a rien trouvé de plus symbolique, à propos de la pénibilité, que le cancer des testicules chez les agriculteurs. Depuis, sans doute par solidarité féminine, notre très économique Christine Lagarde, vient d’affirmer à Washington que les femmes avaient une approche moins sexuelle des responsabilités, qu’elles projetaient moins de libido, moins de testostérone.

Alors le sémillant soldat Hortefeux s’est empressé de lui donner raison. Oui Brice est ainsi, fantaisiste à ses heures de ronde, un marrant même si, avouons-le, on ne lui donnerait pas Coluche sans confession. C’est pourtant un spécialiste du dérapage incontrôlé. Il y a quelques mois il avait prétendu dire arabe pour auvergnat (quand il n’y en a qu’un…) sauf qu’Amine Benalia-Brouch, notre bougnat en question, sans doute faiblement convaincu par l’acrobatique rétablissement du premier képi de France a depuis bruyamment claqué la porte de son parti, l’UMP. Dimanche, sur RTL, il est monté d’un cran pour nous divertir de ses récentes alarmes sur le risque terroriste. Alors qu’il était méchamment interpellé sur les fichiers ethniques, il n’a pas hésité à déclarer Il y a deux fichiers majeurs : le fichier des empreintes génitales, et le fichier des empreintes génétiques. Les glandes, confondre génitales et digitales…Fichier obtenu sous la gégène ?

Sans doute, remontée d’un été où il avait, à l’image d’un Poutine, fait poursuivre les Roms jusque dans les chiottes.

vendredi 15 octobre 2010

D'azur et d'acier


A la suite de sa résidence d’écrivain entre les murs de l’hôpital psychiatrique d’Armentières, Lucien Suel avait écrit « La patience de Mauricette », son très beau deuxième roman.

Aujourd’hui il nous livre « D’azur et d’acier », très beau titre héraldique pour une œuvre poétique construite à partir d’une immersion littéraire à Fives, quartier de Lille qu’on appelait « l’usine », un poumon industriel de 17 ha, redevenu friche et en cours de reconversion. Dans l’acier et sous les verrières de Fives Cail Babcock, jusqu’à 6000 ouvriers ont forgé des milliers de locomotives, des rails, des ponts ferroviaires, des gares comme Orsay ou des tunneliers pour creuser la Manche. Et puis la machine économique est inexorablement venue enrayer la belle œuvre humaine. Le gain financier s’est mis dans les rouages et la classe ouvrière s’est retrouvée sur le carreau, expulsée de son histoire et de cette « usine » laissée à la rouille qu’on rouvre… pour les journées du patrimoine.

Pendant trois mois, Lucien Suel a arpenté ce lieu de joie et souffrance, questionné la mémoire sociale collective, collecté les sentiments des passants ordinaires, interrogé le passé du pavé, le présent du bitume comme le futur des lendemains. Inventorié même à la Depardon toute la friction des enseignes. Pendant trois mois il a posé des mots, sur des mots, fabriqué des briques de mots, en miroir du matériau local pour finalement bâtir son propre ouvrage mémorial, comme un chant mural à la gloire de ce territoire populaire où un certain Pierre Degeyter, câbleur fivois avait crée « l’internationale ». Lucien Suel n’est ni un ethnologue, ni un sociologue, ni un historien, c’est un poète qui ne relate pas mais monte tous petits ou grands faits en émotion. Qui ne lit pas les choses mais les voit. Qui ne montre pas l’espace mais l’habite. C’est un poète dont la langue donne un nouveau souffle à l’atmosphère, brique une belle âme au lieu. Dont le verbe maçonne toujours et toujours plus haut.

A noter si vous achetez le livre, un supplément audio à télécharger.

Lucien Suel lit une version ramassée et légèrement retouchée accompagné par les couleurs diatoniques de Laure Chailloux. On entend comme un long blues absolument déchirant galopant le long des cordes vocales.

éditions "La contre allée"

jeudi 14 octobre 2010

Le domaine perdu




Meaulnes parti, je n’étais plus son compagnon d’aventures, le frère de ce chasseur de pistes ; je redevenais un gamin du bourg pareil aux autres…Noir et blanc de rentrée. Rangée grise des corps. C’est lui, sur la gauche, qu’on remet. L’adolescent dans sa cicatrice. L'épinglé, nuque au mur, qui regarde, derrière le soufflet, l’autre paroi. Lui figure murée.
Temps loin, très loin, mais on taira toujours que, dès ce moment, on n’est plus dans leur optique. On est sorti du cadre. On cherche la fente. Je m’étais persuadé qu’il avait dû rencontrer une jeune fille. Elle était sans doute infiniment plus belle que toute celle du pays, plus belle que Jeanne, qu’on apercevait dans le jardin des religieuses par le trou de la serrure.
Photo de septembre, gouge des visages. C’est lui, sur le côté, qu’on recouvre. L’adolescent au secret. L'inguérissable, qu’on a voulu invisible, qui fait face, derrière la dépoli, à la dévastation du ciel. Lui regard débusqué.
Jour loin, très loin, mais on taira toujours que, dès ce moment, on n’est plus dans leur mat. On est, au glacé du dortoir, dans la lumière au fond des pages, avec notre air de voyageur fatigué, affamé mais émerveillé. On échafaude mille ruses pour s' évanouir à la recherche du domaine perdu de la jeune fille blonde qui avait posé sur Meaulnes doucement ses yeux bleus, en tenant sa lèvre un peu mordue. On a le cœur qui bat les chemins.

mardi 12 octobre 2010

dimanche 10 octobre 2010

10/10/10

10/10/10,ça sonne trois fois, un côté ding ding dong, alors coa coa coa de neuf en ce dimanche matin? Nos croupions ont battu la Roumanie 2-0. Blanc blanc bleu, le coach grâce à son profiler a su tirer les bonnes lignes pour ses dealers de coqaïne. Delarue a eu moins de nez. Le cocaïnomane idéal de tous les exhibitionnistes sentimentaux en mal de psychotropes télévisuels compense grâce au sport et à la compréhension du public. On ignore à ce jour les compensations que se transfuse Contador. Mélanchon se pique lui d'invectives. Sur une vidéo en buzz aujourd'hui, on l'entend traiter Pujadas de larbin et salaud. Pas de quoi fouetter un cathodique. Même intégriste. Il y a longtemps que l'animateur a défroqué le journaliste. Il y a longtemps que le people a classé le peuple. La télé tue grave la réalité. Où sont les télécologues?

10/10/10,ça sonne trois coups, un côté bling bling bang, alors coa coa coa de neuf en ce dimanche matin? Nos nettoyeurs ont bouté les Roms 700-0. blanc blanc blanc, sa sainteté vient de béniouiouir notre romanesque chanoine Chouchou, venu prêcher pour sa paroisse éléctorale, sentant soudain le roussi dans les urnes du seigneur, l'église et la République française ont la même exigence contre tout ce qui porte atteinte à la dignité de la personne humaine. Pas de quoi fouetter un tigre, même chinois. Ce matin l'épouse du dissident Liu Xiaobo couronné par Stockholm a disparu alors qu'elle se rendait à sa prison. Ce matin, comme depuis l'attribution du prix vendredi, pas un mot plus haut que l'autre de la présidence pour demander comme Obama la libération du nouveau prix Nobel de la paix. Idéogramme plat.

10/10/10, un jour comme les autres, avec son addition d'intoxication et d'indignité.

mercredi 6 octobre 2010

Courage, seule la Terre est éternelle

Vous savez très bien que, selon notre propre vision de myope, seules les étoiles sont à l’abri de nos pulsions destructrices. Nous ne constituons qu’une seule espèce sur un total estimé à cent millions. Bon nombre d’entre nous ont pris plaisir à savourer notre domination sur toutes ces espèces. En fait, nous avons créé certains aspects de la religion pour nous rassurer et nous convaincre que nous avons raison de souiller toutes ces autres espèces à notre guise. Nous avons organisé une théocratie virtuelle du viol de la terre qui garantit le caractère acceptable, sinon sacré, de toutes nos déprédations.

Il y a ses années, j’ai imaginé qu’on étendait un mince drap de coton sur tout le continent et son histoire, avant de prendre un peu de recul pour regarder les endroits où le sang filtrait à travers le tissu…Quand j’y pense, nos prétendues Guerres Indiennes ont été au sens strict de simples conquêtes et opérations immobilières.

Nous devons envisager cet univers à partir de l’intérieur et vers l’extérieur, plutôt que le contraire. Il ne saurait exister aucun concept autorisé de vertu ethnique ou génétique, qui devient inévitablement la source principale de la boucherie humaine.

La xénophobie est simplement un élément biologique de la bête humaine, laquelle a bien du mal à surmonter ce handicap.

Comme disaient les Sioux, « courage, seule la terre est éternelle ».

Si nous ne parvenons pas à comprendre que la réalité de la vie est un agrégat des perceptions et de la nature de toutes les espèces, nous sommes condamnés, ainsi que la terre que déjà nous assassinons.

Extraits de « En marge » la bio de Jim Harrison

lundi 4 octobre 2010

Je m'en vais



Je m’en vais. Voilà ce qu’on retiendra du pompeux message que notre Philippe le Jolis de Villiers de Saintignon adresse à chacun en tant que résident sur ses terres de chasse. Il tente de donner à sa tournure un accent gaullien et dramatique. Ce n’est que coup d’épée dans le marigot de son vicomtat. Il s’en va mais au vent mauvais qui tourne, sans gloire ni vraies raisons invoquées dans sa missive, mais par opportun calcul, la diabolique arithmétique de sa déchéance départementale annoncée. Sa chute future du trône. Après 22 ans de règne despotique, j’ai plutôt cherché l’anticipation que le consensus, notre grand soucieux du seul bien commun, se voit contesté à l’intérieur de son clan et à l’extérieur par ses anciens cireurs patronaux.

C’est forcément trop pour cet égo surdimensionné, celui qui a traversé le cancer au galop, et regarde ses sujets de l’altitude mentale où on trouve sérénité, élégance et panache. Fallait oser l’écrire. Mais justement ce type, n’a eu aucune retenue pendant 22 ans. Il n’a eu, contrairement au sirop qu’il nous étale que le souci habile de mettre la Vendée au service de ses ambitions personnelles locales ou nationales. Chacun connait son parcours politique, fait de méandres et de rapprochements les plus douteux. Parcours populiste tout proche parfois de la xénophobie quand il s’oppose à l’entrée de la Turquie dans l’Europe ou dénonce l’islamisation de la société, parcours conservateur boutant la culture ouverte pour une culture patrimoniale et toujours sur la défense de valeurs surannées. Parcours très libéral quand il veut, par exemple, supprimer l’impôt sur les grandes fortunes ou les 35 heures.

Et le petit vendéen, dans tout ça, la Vendée ont été son labo vivant, sa marmite. Pendant 22 ans, il a expérimenté tranquillement sur nos terres ses rêves dominateurs. Chacun est devenu l’otage de sa pensée unique et le cobaye de son ambition. Il nous a fait une belle story telling. Il a détourné notre histoire particulière à son service. Il a voulu nous rallier à son panache blanc politicien en retouillant nos guerres religieuses intestines, surfer sur un socle identitaire très conservateur. Nous refaire le coup du notre maitre fallait oser. Il l’a réussi pendant des années dans nombre de cerveaux et d’endroits du territoire. Parce que l’agité du bocage loin d’être fou et bête, a su habilement mêler modernisme et tradition, désenclavement du territoire et assujettissement des esprits, changement et enfermement. Une grande politique culturelle et événementielle, dit-il, type Puy du Fou et Vendée-Globe mais qui avait, avant tout, pour but sa propre mise en lumière.

Alors le cœur vendéen va-t-il saigner sur les culs des voitures, les panneaux de chantiers ou les différents monuments à sa gloire ? Ce n’est pas sûr. Ce départ, ce n’est pas Xynthia. Il ne fera de tempête que dans les bénitiers.

dimanche 3 octobre 2010

La France de Depardon



J’ai pris le risque de déplaire à ceux qui ne reconnaitront pas leur France et de réjouir ceux qui apprécient une perception intuitive irréductible à une définition figée de l’identité française.

C’est sûrement cette phrase qui résume le mieux l’esprit du dernier travail de Raymond Depardon, visible à la BNF du 30 novembre 2010 au 09 janvier 2011. 36 tirages très grand format montrant sa France, qu’il a sillonnée pendant cinq ans dans un fourgon aménagé et saisie derrière une chambre photographique 25X20. 36 photos choisies sur 7000 clichés. Cette France de l’entre-deux, villages, gros bourgs, petites villes en périphérie des métropoles qu’il avait quittée dans les années cinquante. Cette France entre péquenots et bobos. Qu’il a roumèguée, comme il dit, ruminée avec l’âme de l’ancien paysan, le cœur du passeur d’humanité, l’œil du poète ordinaire.

Alors il nous donne à voir quelques paysages, beaucoup de boutiques, commerces ambulants, ronds-points, carrefours. Les cadres de vie, avec peu de ciel mais beaucoup d’asphalte d’une province de bric et de broc, qui semble encore goûter l’espace et le luxe du temps. Reliée mais ancrée avec tempérance dans la vie moderne. Nullement cette France des anciens sépias ferroviaires des châteaux et autres lieux pour dépliants touristiques. Une France privilégiant la simplicité. Pas une France terne pour autant car ce qui frappe c’est sa pimpante palette. C’est une France de peinture vive avec ses nombreux rouges, bleus ou jaunes. Pas une France de design mais d’émotion brute.

Une France fortement humaine alors que le photographe a choisi cette fois de ne pas montrer les gens mais leurs lieux d’existence. Et bien qu’absents des photos on ne voit qu’eux dans les reflets des devantures, le goudron des trottoirs, le fléchage des carrefours, la forme des maisons. Partout leurs traces. Bizarrement leur absence formelle dit encore plus sur la géographie humaine et les temps faibles de leur réalité. L’humain est dans tous les petits détails minutieusement prélevés par l’acuité de Raymond Depardon. Le magnifique travail d’un inventeur de nos grottes.

vendredi 1 octobre 2010

Sous le toit soulevé


Sous le toit soulevé, le matin s’est tu. L’amour ne chante plus sur le petit brûleur. Envolé le froissis des parlottes qui bouchait les fissures, la pluie mâche le papier à roses qui collait peaux et murs.
Monté d’un fond de terre, d’une mer basse d’ardoises ou tuiles, sorti des jupes de pierres tendres, on n’ose regarder la ville dans son emmurement vertical, ses vertiges de verre, ses étagements d’ombres. Parce qu’on a pris racine dans un lieu-dit, pris mesure par ses arbres, on bute sur ses babels. On ravale sa langue.
On a l’œil serré par chaque trou dans l’immense mâchoire, devant l’écrabouillement de ces existences dont les suaires pendent. On a le cœur crevé par chaque élan de grue et cette boule qui ruine un bonheur de quatre sous peut-être, mais rassuré par les battements de l’écorce. Ce bonheur sismographique des petites gens.
Sous le toit raclé, le matin casse. L’amour ne poinçonne plus la lingerie aux lilas. Englouties la guinche des corps, la cerisaie des baisers. La pluie fiente sur la layette.