mardi 19 février 2013

Le bol /7/ Le bol de Picasso



Janvier 1906, Matisse vient de peindre le bonheur de vivre qu’il rebaptisera un peu après la joie de vivre. On comprend le glissement de mot devant ce grand tableau bucolique où se prélassent et dansent femmes et hommes nus sur fond de grands aplats fauves, des rose, vert, orange ou violet purs. Figures hédoniques comme découpées dans les arabesques d’un âge d’or. Peut-être symboliquement celui, alors, approché par le peintre.
Un an plus tard, sans doute agacé par cette Arcadie par trop riante et lumineuse, voire baignant dans un trop bel équilibre, Picasso répond à cet ami qu’il admire par le camaïeu incarnat de ses provocantes demoiselles d’Avignon, bousculant là tout le formalisme ambiant et ouvrant le temps du cubisme. Défi qu’on retrouve dans cruche, bol et citron.
Cette nature Morte que cette même année 1907 Picasso offrira justement à Matisse en échange de son portrait de Marguerite. Sans doute la perspective y est écrasée et le trait anguleux, mais l’arcure du bol n’enlève rien à la ronde heureuse de la scène. Mieux son œil ocré brûle de toute la joie de vivre dans la peinture.

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