samedi 15 décembre 2012
C'est un temps que les moins de vingt ans... C'était au temps où quatre justaucorps faisaient les Jacques, les frères Jacques sur les scènes de France. Mimes et comédiens, ils ont interprété les plus grands auteurs: Prévert, Vian, Brassens, Ferré...Ils étaient quatre. Georges Bellec vient à son tour ,ce 12 décembre, de quitter "La Marie Joseph", laissant seul à bord Paul Tourenne.
vendredi 14 décembre 2012
Après les cris,la musique.Dave Brubeck grand pianiste de jazz et courageux défenseur des droits civiques des noirs américains" est mort ce 5 décembre 2012.On a tous aussi dans l'oreille avec Take five, composition de son saxophoniste Paul Desmond, son Blue rondo à la turk. En prime la merveilleuse pochette du vinyle.
jeudi 13 décembre 2012
Permettez-moi de hurler !
Et voilà ce matin qu’on apprend que notre enflure d’exilé fiscal met en vente son modeste pied à terre, un hôtel particulier en plein cœur de Saint-Germain-des-prés pour une bouchée de 50 millions d’euros. Une bicoque de 1800 m2.
Alors permettez-moi de penser à ma fille qui bosse depuis 5 ans à Paname. Qui après trois ans de colocation doit se contenter d’un carré mité d’humidité au point de devoir garder toutes ses fringues sous housse, de 12m2 pour 650 euros par mois soit 40% de son salaire…Un endroit si chic et attirant qu’il y a deux week-ends des encore plus miteux ont fracturé sa porte pour lui taxer son seul signe extérieur de richesse, son PC.
Oui, j’entends : elle pourrait dormir au fond d’un carton ou dans sa voiture qu’elle n’a pas…
Oui, mais je continue à penser qu’il y a bien les gros et les petits comme on disait à la maison. Et, en l’occurrence ce petit c’est ma petite, alors permettez-moi de hurler !
mercredi 12 décembre 2012
Au bout de la pellicule.
Parlant des riches, à la maison on disait les gros. Il y avait nous les petits et les gros. Pas de demi-portion alors. Pas de mitan. La classe moyenne naîtrait avec la montée en crans de certains petits. Les gros s’engraissant toujours un peu plus. Bien sûr on était dans le symbole. Certains secs avaient du biscuit. Mais j’ai pu vérifier qu’effectivement les nantis portaient souvent bel embonpoint et bretelles quand les obscurs serraient au premier trou leur ceinture.
Gérard Depardieu, si j’ose dire, cumule, en plus du bide il a du coffre. Il a tout de mon stéréotype familial. Mammuth au ciné, ogre en affaires. Quand il ne joue pas le manneken piss des airs il remplit les bouteilles de ses multiples domaines. Qu’il vide avec allégresse dès qu’il lui faut prendre son scooter. Aussi à l’aise dans le taux d’alcoolémie que dans le taux de rendement.
Et voilà que notre monstre sacré, jadis légiond’honneurisé par Mitterrand, barde récent de Sarko, fervent Poutinien, allumeur de bougies au 36e anniversaire du Tchétchène Kadyrov, pousseur de notes avec l’aînée de l’ouzbek Karimov, autant de joyeux drilles vient de s’amouracher de la monarchie Belge. Il est comme ça notre dodu, il a un sens de l’orientation un peu aléatoire et une bouffissure maladive.
Là remarquons que notre valseur ne s’éloigne que de quelques pintes de la frontière française. Certains y verront écume de nostalgie, d’autres provocation avec majeur bien tendu.
Quel charme notre adipeux trouve t-il subitement à ce petit cru wallon ? D’aucuns jaloux disent qu’il y vient enterrer en plus de quelques bouteilles quelques marmites de statères. Lui, pas terre à terre pour un sou, parle de petit paradis bucolique. Par ces temps de gueux et d’insécurité chacun évidemment pense à ses lendemains et peut être tenté de mettre quelques noisettes de côté. Et ce n’est pas, parce qu’à chaque tour de manivelle, on empoche quelques 3164 RSA, qu’on n’est pas amené à réfléchir à un éventuel retournement de fortune, surtout grande.
Entre gentleman et voyou, lettré et beauf, entre Jean-Claude et Jean de Florette, entre ostrogoth et Cyrano notre Gégé n’a jamais su trouver son rôle. Comme si son énorme dévoration de la vie ne pouvait combler une béance d’enfance. Boulimique d’amour et de flouze comme pour conjurer une incommensurable peur du manque.
Fuyant peut-être le fisc mais surtout haïssant le personnage qu’il est devenu , c’est plutôt lui qu’il fuit. Brisant définitivement cette image qu’il ne peut plus encadrer. Après avoir suicidé son corps c’est comme s’il voulait suicider son âme. Il est au bout de la pellicule.
dimanche 9 décembre 2012
Les petits pois ( Dans le jardin de mon père )
Un jour j’ai su qu’on pouvait, plus encore, que dans la lumière blessée d’une cour, se sentir arraché des siens, dans l’égouttement d’un silence de réfectoire, le nez forcé dans des petits pois de pension. Un jour j’ai su que le bonheur pouvait tenir dans un sac de billes vertes et que petits pois qui roulent pouvaient amasser mousse.
Ces petits grains ridés Téléphone dont il entortillait les rames et ces grains rond Serpette cent pour un avec leurs gousses en croissant de lune dont, en juin, on tranchait le pédoncule entre pouce et index. Qu’on fendait alors sur un saladier, répandant dizaine de mirettes vernissées et riantes.
Un jour j’ai su qu’on pouvait perdre l’enfance en gâchant le goût de ces petits pois frais qui sucraient mes printemps. Ces petits grains concentrant la richesse de l’instant comme dans ce haïku de Ozaki Hôan :
Loin de moi
La critique des autres
J’écosse des petits pois.
vendredi 7 décembre 2012
Le chat / Démarrage de bon poil
C’est comme s’il guettait mon réveil, mais sans impatience. Mon émergence, enfin, par la caféine. A peine le premier cran de ma verticalisation, faïence en main, le voilà retombé sur ses pattes. Prêt à lacérer le premier bois venu. Chaises, bûches de la cheminée ou troncs des fruitiers, il n’est pas regardant sur l’objet ni l’essence, pourvu que la victime lui offre une certaine résistance. Ce qui l’éloigne à priori de mes chevilles et mollets. Mais je peux aussi attribuer cet écart à une certaine réserve affective. Tout ça me parait s’inscrire dans l’ordre des choses naturelles. Tout deux mammifère et carnivore, évitons de juger nos petites manies et revisiter la longue chaîne de nos comportements. Et puis, à cette heure, préventivement à l’inévitable côtoiement à venir des finasseurs, des jouteurs d’opinions à deux thunes et autres médiocres assassins de toute rêverie, me faire in petto les griffes sur tous les enfumeurs et nuisibles qui occupent ma bande FM libère les quelques bouffées d’adrénaline facilitant un démarrage de bon poil.
jeudi 6 décembre 2012
Le Coppé et la Marine
Maître Coppé sur son parti perché
Savourait pain au chocolat
Blonde Marine par la pâte alléchée
Approcha ainsi l’avocat
Hé ! Bonjour Monsieur du Coppé
Que vous êtes joli, semblez décomplexé
Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage
Vous êtes le Phénix de toute l’assemblée.
A ces mots le Coppé est tout émoustillé
Et pour montrer son bel organe
Desserre ses longues dents, laisse tomber sa manne.
La Marine s’en saisit et dit : « mon beau Coppé
Apprenez que tout fausset
Vit aux dépens de mon électorat
Cette leçon vaut bien un pain au chocolat. »
Le Coppé honteux et confus
Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y reprendrait plus.
mardi 4 décembre 2012
Mon chat et les yeux d'Amélie
A cette heure autrefois du laitier, forcément le chat arrondit ses pupilles. Deux pleines lunes noires mangent l’iris. Semblables aux billes d’Amélie Poulain à la sortie d’un photomaton. Heure d’hiver ou pas, la nuit se dilate encore et il me fait les gros yeux, encore que le pliement de ses paupières à la moindre caresse de mes mots à son endroit, corrige cette prime impression. Visiblement il m’écoute et savoure ma langue de chat, miaulement apprise à la longue de nos voisinages sur ondes courtes. Quel nombre de mes mots possède-t-il ? Combien de ses idiomes ai-je moi-même acquis ? Sans compter notre langage de signes, de mes caresses à ses frottements en passant par ses ronronnements. Voilà le genre de questions qui certains matins me plongent dans le marc de café au point d’embrumer les prévisions chantantes ou cadencées des Jacques Kessler ou Joël Collado. C’est là, que sur le départ, le jour enfin éclairci, je peux compter sur le bulletin météo de mon félin. Lire, dans l’étrécissement à l’épaisseur du trait ou le grossissement à rondeur de calot de sa pupille, la couleur de ma journée.
dimanche 2 décembre 2012
Les surréalistes ont théorisé sur le hasard objectif .Je n’ai jamais su qu’en définitivement penser. Mais je relève toujours avec bonheur ce que j’appellerai les enchaînements poétiques des événements. Ainsi, alors que je prenais hier midi le petit chemin ferroviaire des feuilles mortes, voilà qu’au soir lisant le délicieux Le vol du pigeon voyageur, Christian Garcin m’offrait cette belle boucle :
…Ce remords s’évapora dès qu’il entra dans le bar de l’hôtel et vit une petite rouquine dodue s’avancer vers lui en tendant la main. Son visage un peu raide respirait la franchise et l’honnêteté, et Eugenio se trompait rarement sur les visages. Elle avait la peau très blanche et tachetée de son, les cheveux couleur rouille coupés court, et un regard bleu cobalt, ciel foncé sur feuilles mortes, une délicate palette automnale autour du frémissement un peu myope de ses paupières, à peine ombrées…
samedi 1 décembre 2012
Tacadam, tacadam
Tacadam, tacadam, on avait les grévistes et les désespérés, les forceurs de passage à niveau, les ferreurs de caténaires et les dépeceurs de câbles. Tout un petit monde décidé à mettre des escarbilles dans les boggies et bloquer le doux défilement du paysage. Tacadam, tacadam, simplement peut-être autant de réfractaires aux aiguillages huilés de nos sociétés. Des briseurs d’horloges voulant éviter aux vaches la monotonie de leurs ruminations ferroviaires. Des acharnés du droit à la paresse ligués contre l’arrivée des trains à l’heure.
Et voilà tacadam, tacadam, après les flocons de neige, les tourbillons du vent qui poussent sur le ballast les feuilles mortes. Savonnant à nouveau la belle régularité du système ferré et laissant nos locos sans voies. Occasion pendant cet arrêt inopiné de revenir à Prévert :
En sortant de l'école
nous avons rencontré
un grand chemin de fer
qui nous a emmenés
tout autour de la terre
dans un wagon doré…
Et :
! Je voudrais tant que tu te souviennes,
Oh, je voudrais tant que tu te souviennes,
Des jours heureux quand nous étions amis,
Dans ce temps là, la vie était plus belle,
Et le soleil plus brûlant qu'aujourd'hui.
Les feuilles mortes se ramassent à la pelle,
Tu vois je n'ai pas oublié.
Les feuilles mortes se ramassent à la pelle,
Les souvenirs et les regrets aussi,
Et le vent du nord les emporte,
Dans la nuit froide de l'oubli.
Tu vois, je n'ai pas oublié,
La chanson que tu me chantais…
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