Vivement demain que tombent le couperet et la tête du suivant dans la sciure des écrans. Que s’écroule le rideau sur la boutique des médiocrates. Ces cranes bien faits pour la maigre rogne et le bonheur minuscule, le blabla digressif et le chichi consumériste. Ces cyniques triviaux aux idées baladeuses. Ces harangueurs d’estrade et autres postillonneurs acnéiques.
On attendait simplement une parole incarnée dans ce sale temps financier. Une vision abrasive de notre nécrose sociale. Une pensée instillant une révolte devant la pornographique de nos inégalités.
En cet avril, même un peu frisquet, qui fripe et giboule dans des ciels d’acier, on aurait tant aimé des éclats jaunes et lilas, des couleurs qui retentissent aux âmes citoyennes. Des voyelles siffleuses et des verbes dans les fruits du cœur. Du rouge à lèvres sur les drapeaux et un grand trait de plume noire sur le passé
jeudi 19 avril 2012
mardi 17 avril 2012
Cerisier blanc

Comme souvent on n’a fait qu’accompagner le squelette. Qui semble toujours, contre tout, trouver une bonne raison d’entamer l’espace. Avec son agaçante manie de secouer son jeu d’osselets. Puis d’accrocher joyeux une vertèbre au ferraillement quotidien. On ne compte guère, en ce début d’avril, sur le premier flux de cervelle, derrière le dernier craquement, pour bouleverser la tonalité du jour. On a la synapse dépressionnaire.
Quand le soleil levant nous plonge dans la lampe bourdonnante du cerisier. Dans l’embrasement neigeux de son arachnéen essaim d’étoiles. Nous brassant soudain dans la joie nuptiale d’une terre qui tourne avec nous. Et dans cet avril encore un peu râpeux, l’âme attrape vite la chair de poule. On sait nos pensées, alors, enivrées pour la journée et à l’abri de toute rechute dans la confuse réalité. On a la synapse lyrique.
samedi 14 avril 2012
Dans le jardin de mon père/ 4 / Coin de paradis

Un jour il a laissé rouiller ses outils dans un coin de la cabane. Il n’est plus allé au jardin. Un jour son corps l’a lâché. J’ai su qu’il allait mourir. Le jardin est retourné au brouillon. L’herbe a envahi sa belle écriture. Un jour il ne m’a plus parlé de mes jardinages.
Je ne vais pas le voir sous la dalle veinée noire. Son nom doré sur la pierre. Les deux dates bouts du cordeau de son passage sur terre. Je pense à lui sous les pissenlits, sous leurs capsules de graines qui s’envolent dans mes Larousse. A tous vents ces mots qui nous sèment. Je pense à lui sous mon cahier de terre.
Il croyait à une autre vie après. Quelque part sur nos têtes. Un grand jardin de curé où il reprendrait le plantoir et le cordeau, entre deux cumulus.
Paraphrasant Brassens, je doute, pour ma part, pouvoir jamais échanger mon petit coin de terre contre son petit coin de paradis. Même si j’avoue attendre, en ce printemps, sur mes fraisiers, laitues et autres oignons, l’eau du ciel comme une bénédiction.
Série de tableaux: Camelus
jeudi 12 avril 2012
Enfances/Chère vieille enfance/ Jean-Pierre Verheggen
1. Défier Hercule au badminton ! (en deux sets gagnants !)
2. Chevaucher Jolly Jumper dans la forêt de Sherwood ! 3. Sauver Tintin de la noyade (et Milou, des poissons-torpilles qui lui empoisonnent la queue)
4. Voter Bicot aux prochaines présidentielles !
5. S’inviter à la table du Chat Botté pour dévorer avec lui le marquis de Carabas transformé, le temps d’un repas, en souris d’agneau !
6. Cafter Brutus, l’ennemi juré de Popeye le marin et faire au sergent Garcia un croc-en-jambe de derrière les fagots (en profiter pour exiger de Zorro qu’il mette la main au portefeuille pour ce service rendu)
7. Confisquer aux sept nains leurs médicaments à base d’hormones de croissance (qu’ils restent petits, c’est mieux, surtout pour jouer à cache-cache dans le jardin !)
8. Prêter son GPS au Petit Poucet (ou du moins lui envoyer un texto pour le prévenir qu’il doit se méfier de ces salauds d’oiseaux qui bouffent le pain des pauvres !)
Bref ! On imagine mal tout ce qu’un Poète est capable d’accomplir pour ne jamais quitter sa vieille et tendre enfance !
Jean-Pierre Verheggen
2. Chevaucher Jolly Jumper dans la forêt de Sherwood ! 3. Sauver Tintin de la noyade (et Milou, des poissons-torpilles qui lui empoisonnent la queue)
4. Voter Bicot aux prochaines présidentielles !
5. S’inviter à la table du Chat Botté pour dévorer avec lui le marquis de Carabas transformé, le temps d’un repas, en souris d’agneau !
6. Cafter Brutus, l’ennemi juré de Popeye le marin et faire au sergent Garcia un croc-en-jambe de derrière les fagots (en profiter pour exiger de Zorro qu’il mette la main au portefeuille pour ce service rendu)
7. Confisquer aux sept nains leurs médicaments à base d’hormones de croissance (qu’ils restent petits, c’est mieux, surtout pour jouer à cache-cache dans le jardin !)
8. Prêter son GPS au Petit Poucet (ou du moins lui envoyer un texto pour le prévenir qu’il doit se méfier de ces salauds d’oiseaux qui bouffent le pain des pauvres !)
Bref ! On imagine mal tout ce qu’un Poète est capable d’accomplir pour ne jamais quitter sa vieille et tendre enfance !
Jean-Pierre Verheggen
mardi 10 avril 2012
Dans les jardins de mon père / 3 / Le jardinier du dimanche

Jardinage avec la lune contre jardinage à l’humeur, papa jugerait peut-être que je suis un piètre jardinier. Allées dallées. Rosiers et flamboyants dahlias mélangés aux légumes. Grand carré odorant de simples. Un jardinier du dimanche. Sachets jardiniers de France contre sachets Vilmorin. Un jardinier prodigue.
Il me taquinerait sur mon jardin employé contre son jardin ouvrier. Jardin plaisir contre jardin de nécessité. Potager familial contre potager d’agrément. En somme, lui le taiseux rejoindrait en riant ma lutte des classes. Pot de terre contre pot de fer. Peau de père contre peau de fils.
Peut-être serait-il au moins fier des mots poussés dans son jardin de la culture.
dimanche 8 avril 2012
L'Eglise aux oeufs d'or

A l’approche de Pâques, en plein carême et diète, tous les ans, éclosent, dans nos boîtes aux lettres, de chrétiennes suppliques à donner pour le « denier de l’église catholique ». Et ce temps fort est béni par une grande campagne d’affichage publicitaire. Cette année, deux slogans ornent les panneaux pascals : Pâques est bien plus qu’un œuf et Les cloches ne sont pas toutes en chocolat. C’est vrai elles sont aussi en chair et os. Cette dérive chocolatière a-t-elle pour vocation de multiplier les crises de foi ? Ses concepteurs nous disent qu’il s’agit de « retrouver le sens de Pâques, rechristianiser des fêtes devenues commerciales ». Belle parole d’évangile qui vise avec les mêmes armes que celles des marchands du temple à plutôt retrouver le sens des troncs. Bien sûr, comme toutes les petites entreprises, L’église ne peut pas vivre que d’amour éternel et d’eau fraiche même changée en Bordeaux ou Bourgogne. Mais elle sait aussi, sans état d’âme, ne pas mettre ses œufs dans le même panier de crabes.
Ainsi la banque JP Morgan Chase de Milan a décidé le 30 mars de définitivement clore le compte ouvert au nom du Vatican. En raison de l’opacité de fonctionnement de ce compte. Ce dernier ne servant qu’à faire transiter de grosses sommes vers un compte de l’Institut pour les Œuvres de Religion en Allemagne. 1,5 milliard d’euros en 18 mois. En septembre 2010, les enquêteurs italiens avaient déjà gelé 23 millions d’euros dans différentes banques pour blanchiment d’argent.
Alors il est tentant, même si ce n’est guère charitable, de penser que l’église, à l’image des Kinder, espère trouver dans ses œufs des espèces sonnantes et trébuchantes. Afin que ses cloches qui vont parait- il à Rome en cette période de Pâques ne soient effectivement pas toutes fondues en chocolat. Comme ils disent à La Caisse d’Epargne : ce que je préfère dans le chocolat, ce sont les noisettes ...
vendredi 6 avril 2012
Dans le jardin de mon père / 2 / Le pot à tabac gris

Papa vivait l’œil aux nues et le tympan collé aux voix météorologiques. Il interrogeait les almanachs et veillait aux dictons populaires. Observait le chat ou la grenouille. Il ne jardinait que selon les phases lunaires croissantes ou décroissantes, ascendantes ou descendantes. Avec les jours fleurs ou racines et ceux feuilles ou fruits. Et les trois d’apogée, de nœud et de périgée qui condamnent le jardinier au complet repos végétatif.
Il commandait ses semences chez « Les jardiniers de France », dont il était adhérent, dans cette grande époque des jardins ouvriers. Fins sachets de papier blanc ou sépia qui chantaient à l’oreille. Qu’il rangeait précieusement dans son ancien pot à tabac gris. Au-dessus du maigre pécule que lui ristournait maman sur la paye des fins de mois.
Aujourd’hui ce pot trône sur mon bureau où je déchire mes sachets de mots sur mes lignes de papier. J’y plante mes crayons.
mercredi 4 avril 2012
Dans le jardin de mon père / 1 / L' eruca sativa

C’est le bleu où le jardinier a des fourmis dans la binette. Un ciel tendu comme un tambour. Une douceur que l’œil myosotis des anciens aurait tâtée avec circonspection, tirant des plants sur la lune rousse. C’est un soleil pour le calendrier sans doute déraisonnable mais dans un réchauffement qui fait boiter les dictons.
Je vais, aujourd'hui, sur ma terre émiettée semer roquette cultivée, persil frisé vert foncé, radis de 18 jours. Trois petits sachets dans un plus grand en papier glacé, éco-emballé, flambante image légumière. De chez Vilmorin. Depuis 1743. Un peu plus chers, sans doute, pour ce transport à travers les siècles. Mais Marque auréolée, aussi, de cette historique et prometteuse devise : on récolte ce que l’on sème.
Sans compter qu’au moment de semer la roquette cultivée, il est plaisant de penser que cette illustre Maison a été créée par Claude Geoffroy maitresse grainière. L’eruca sativa bannie des jardins monastiques pour ses vertus aphrodisiaques.
mardi 3 avril 2012
Enfances/ Jean-Claude Touzeil/ Kaléidoscope
dimanche 1 avril 2012
Poison d'avril

Rameaux venteux et frisquets, année froissée et sèche. Cerisiers crémeux et pêchers roses. Papa bêche et maman pique sur sa Singer. Tous deux, toujours, les lèvres au ciel. Arrête de fouiner dans mes boutons. J’ai pas d’arêtes mais des os. Mon cœur ne tient plus dans le dé à coudre. Dans leur cage, au fond du jardin, les lapins ont les yeux rouges. Chagrin. Je tourne autour du piquet. La terre monte dans ma peau.
Dans l’armoire de la chambre, la couturière a soigneusement rangé mes affaires de Pâques : tu seras comme un sou neuf dans l’encens et l’orgue. Rien à envier aux autres des magasins. Chemise immaculée. Culottes et paletot assortis. Faudra encore acheter des souliers. Pour l’instant j’ai encore ce gros pull grenat qui me gratte aux poignets. Eczéma. Je tourne autour du tronc. J’ai les idées qui grandissent.
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