jeudi 19 janvier 2012
La bonne fréquence
mercredi 18 janvier 2012
Amorce du matin
Amorce du matin, Je m’assois toujours à la même place ciel sur le profil gauche, terre à ma droite. La terre à ce moment se cogne, boule dans vingt centimètres carrés de bakélite. Ricoche dans la boîte noire. Grésille sur les transistors. Je suis donc, corps encore ramassé, bloc dur, entre ciel et terre, entre paroi qui se délite et crue des photons. Dans le gonflement thoracique de l’espace. Tête d’épingle dans le champ magnétique. Grain dans le sablier planétaire. De l’autre côté l’encre boit déjà le jour. A cet instant je peux cracher dans la soupe cosmique ou m’ouvrir à l’attraction universelle. Je peux choisir entre le plomb et la plume, entre le saut et l’envol. A ce moment je peux aussi choisir d’attendre l’effet de surprise de la première particule de lumière venant chatouiller mes nerfs.
mardi 17 janvier 2012
Petits faits d'hiver

Notre plus grand envahisseur de pieds de sapins de noël vient, pour remercier
lundi 16 janvier 2012
BLANCHE ETINCELLE

Dans « Blanche étincelle », nous sommes quelques années après ce grand voyage dont Lucien Suel nous livre quelques flash-back de leur passage en Italie et au Portugal. Alphonsina est morte, Christophe vit à Lille et Mauricette se reconstruit, à Wittebecque un petit village près des boucles de La Lys et de ses lourds souvenirs, entre son chat Avatar et un petit jardin. Et de nouveau l'entremise des mots va permette qu'étincelle le quotidien apaisé mais solitaire de Mauricette. Dans une librairie voisine, Mauricette vient, au même moment qu'une autre femme prénommée Blanche, réclamer le livre qu'elle a commandé. Un Mary Flannery O'Connor. Coup du sort pour un coup de foudre amical. Blanche étincelle nous fait partager les nouements progressifs d'une grande amitié entre les deux femmes et avec, aussi, les deux enfants de Blanche, Benoît et Augustin.
Nous connaissions Mauricette, cette femme très sensible, abîmée par ses drames d'enfance, fine et curieuse lectrice tenant journal, grande amatrice d'art particulièrement singulier. Nous découvrons Blanche une autre grande passionnée de lectures mais aussi de lyrique. Blanche chante et enseigne le chant. La complicité des émotions musicales va beaucoup contribuer au développement de leur entente affective. Mauricette trouve une famille, Blanche une amie disponible et en résonance avec ses propres goûts, Benoît une sorte de grand-mère attentive et Augustin un guide littéraire.
Lucien Suel, à son habitude mais sans naïveté nous brosse de beaux portraits d'humains. Il a le don de nous sauver de notre si tentant pessimisme face à la triste apparence du monde. Il préfère mettre en musique les plus belles cordes des individus. Il prend le cosmos dans son tout mais il le moud par le détail qui fait lueur, qui accorde. Braise rouille de rouge-gorge, étincelle de la voix et enflammement des cœurs. Les vies sont âpres mais l'âme peut trouver combustible dans l'admiration ordinaire, l'attention à la chaleur de nos alentours simples. Petite leçon de choses, du chant d'oiseau à la respiration du jardin. L'humanité a toujours son jardinier.
Quant au lecteur il a toujours son poète, son inventeur de mots, son sourcier d'images, son dada friand de collages, son aimanteur d'énumérations, son collectionneur du mot veau. Quant au lecteur il a son orpailleur de livres, son découvreur d'auteurs. Chaque ouvrage de Lucien Suel est un bonheur pour le libraire et pour la bibliothèque l'occasion d'une étagère supplémentaire.
dimanche 15 janvier 2012
Chat du matin calme
Mon chat connait le cliquètement enroué de ma voiture. Plus étonnant non ? L’heure de mon redressement animal et le patinage feutré de mes pantoufles qui précède mon entrée cotonneuse dans la cuisine. Il m’attend alors derrière la porte. Parfois s’allonge à demi ou se bloque contre ce premier pas venu sur le carreau avec le même flottement que s’il se posait sur le sol lunaire. Il s’offre ainsi à la caresse. Il s’abandonne ainsi à l’indélicatesse de mes vertèbres et à mon humeur capricante. Quelques caresses et dosettes de moka éthiopien plus loin versées dans la cafetière, je tourne cette pensée de Pierre Desproges : Bien plus que le costume trois pièces ou la pince à vélo, c’est la pratique de la torture qui permet de distinguer à coup sûr l’homme de la bête.
samedi 14 janvier 2012
vendredi 13 janvier 2012
VENDREDI 13
J'ai beau d'ordinaire convenir que c’est plutôt le mal de dos que la rage de vivre qui mi matines m’arrache à la tiédeur des draps, je me suis surpris, ce matin, à poser mon bol, avec un certain plaisir sur la nappe encore endormie sous le calme du chat et à enchainer alors, dans un rayon très court, ces gestes machinaux mais essentiels qui m’ont égaré dans la brûlante amertume de l’arabica. Cette épice noire sur les lèvres, cet arôme fauve aux narines, j’ai presque matériellement ressenti comme un craquement du sang. Presque éprouvé comme un corps capable d’empiéter sur le désespoir de l’âme. Alors ce vendredi 13, malgré échelles, à tous les coins, dressées et chats noirs pianotant le toit, j’ai décidé de faire bon cœur.
jeudi 12 janvier 2012
Petite clarté Vendéenne ( ou un peu de chauvinisme rustique...)

mercredi 11 janvier 2012
"Ma bête" (il a dit"rustique" suite...)
Je ne crois guère aux beautés qui peu à peu se révèlent, pour peu qu’on les invente ; seules m’emportent les apparitions. Celle-ci me mit à l’instant d’abominables pensées dans le sang. C’est peu dire que c’était un beau morceau. Elle était grande et blanche, c’était du lait. C’était large et riche comme Là-Haut les houris, vaste mais étranglé, avec une taille serrée ; si les bêtes ont un regard qui ne dément par leur corps, c’était une bête ; si les reines ont une façon à elles de porter sur la colonne d’un cou une tête pleine mais pure, clémente mais fatale, c’était la reine. Ce visage royal était nu comme un ventre : là-dedans les yeux très clairs qu’ont miraculeusement des brunes à peau blanche, cette blondeur secrète sous le poil corbeau, cette énigme que rien, si d’aventure vous possédez ces femmes, ni les robes soulevées, ni les cris, ne dénoue. Elle avait entre trente et quarante ans. Tout en elle était connaissance du plaisir, celui sans doute qu’on entend d’habitude, mais celui aussi qu’elle dispensait à tous, à elle-même, à rien quand elle était seule et ne se voyait plus, seulement en posant là le gras de ses doigts, en tournant un peu la tête et alors les sequins d’or qu’elle avait aux oreilles touchaient sa joue, en vous regardant ou en regardant ailleurs, et ce plaisir était vif comme une plaie ; elle savait cela ; elle portait cela avec vaillance, avec passion. Allons, on ne peut en parler ; non, ça n’est pas né de l’argile : c’est comme le battement furieux de milliers d’ailes en tempête et il n’y a pas pourtant de matière plus comble, plus lourde, plus enferrée dans son poids. Le poids de ce mi-corps somme toute gracile en dépit de l’évasement des seins était considérable. Des paquets de cigarettes bien rangés derrière elle l’auréolaient. Je ne voyais pas sa jupe ; c’était pourtant là derrière le comptoir, démesuré, insoulevable. La pluie brusque dehors fouettait les vitres : je l’entendais crépiter sur cette chair intacte. Extrait de "La grande Beune" |
mardi 10 janvier 2012
Ma peinture rustique moderne

Mes préférences vont d’emblée à la peinture rustique moderne. Peintre de village, je lui reste fidèle, trop sûr de faire fausse route si je cherchais à peindre à la façon des artistes peintres des capitales et sous-préfectures.
Nous autres les ruraux de 1946, nous n’avons plus les préjugés d’hier, nous avons évolué et pouvons sans crainte faire des créations à notre idée, insouciants de ce qu’en penseront les bourgeois et d’autres.
Dans nos campagnes désertes, rien n’interrompt la méditation si nécessaire avant toute création artistique, et nous ne recevons que de bien faibles échos de ce qu’on peint dans les cités prestigieuses.
Quant à la vie moins intellectuelle et plus saine qui est la nôtre, elle favorise l’éclosion de nos créations. N’ayant nul besoin du dessin et de la palette des autres, oubliant l’univers et travaillant sans autre souci que de progresser d’une façon continue jusqu’à notre mort, les nouveautés nous appartiennent, il n’y a qu’à ramasser. Sur divers sentiers suivis au cours de mes recherches, j’ai trouvé les bouquets, masques, portraits, etc. que je peux dire miens. Demain s’ajouteront à ma collection d’autres choses autant miennes.
Sans gestes théâtraux, ni mise en scène phénoménale, il n’y a qu’à parcourir certaines pistes qu’on reconnaît bien vite quoique à peine visibles et on en revient avec des richesses pour son pays, pour la terre entière.
Ma peinture rustique moderne est encore assez pauvre, mais, dans une vingtaine d’années, j’espère qu’elle sera riche, presque autant que la terre."
