jeudi 13 mai 2010

l'une rousse

complaintes du merle noir/1


J’emmerle le chat

Qui me tape dans l’œil

Me voit l’âme noire

Comme du charbon.

Lui qui gris la nuit

S’éclaire à mon bec.

mercredi 12 mai 2010

En mai fais où il te plait

Mai Paris mai, Nougaro ne dépave plus les mots, chacun est rentré dans son automobile. Ce qui réellement me plairait en ce mois de fée clochette, c’est de faire péter le palais Brongniart, la soue des cochons pas payeurs, le foutoir des cocaïnomanes et sniffers de crack 40, le hammam des cervelles en bites. Non pas un krach, mais un gros crac, un truc poilu et bien piégé dans la corbeille. 4 millions de chômeurs, 6 millions de précaires et gouvernants et médiacons se focalisent sur les branlettes des traders. Aujourd’hui, la politique se résume à l’art de gérer la déprime ou l’érection des bourses. Le monde est entre les mains des masturbateurs monétaires. Et pendant ce temps les merdeux ajustent leur politique sur le déhanchement putassier des marchés. En osant même comparer crise financière et catastrophes naturelles, comme si ni responsables ni coupables ne se cachaient derrière l’effondrement actuel des économies. Nous sommes aux mains de supers bandits manchots. Notre sort se joue à la roulette des spéculateurs. Rien ne va plus, cassons leurs jouets. Nous vivons dans la plus éhontée pornographie financière. Quelle justice pour poursuivre les détourneurs de bonheur et leurs complices par omission ou soumission, les tranquilles assassins des lendemains qui chantent. Mai Paris mai, l’internationale est coincé dans les gosiers secs, j’aimerais que reviennent le temps des cerises et que soit abattue cette Bastille dorée, qu’à la place soit coulé un gigantesque étron

Ps: Au soir de cette publication, suivant un sujet sur les spéculateurs, on pouvait voir, sur le journal de la 2, un sujet sur les marchés de la misère qui envahissent les trottoirs parisiens, cour des miracles des chiffons et produits alimentaires périmés... Devant ces marchés nos merdeux abaissent le voile.

mardi 11 mai 2010

Nuit d'ivresse amoureuse



La nuit est douce sur la peau. Voyez comme on danse sous les lampions. Voyez comme on rit Rimbaud. Voyez comme on miaule Verlaine. La nuit est orange dans le cœur. Voyez comme on danse sous l’indigo. Voyez comme on boit voyelles. Voyez comme on brûle poèmes.
La nuit est douce sous le frisson. Voyez comme on danse sous les étoiles. Voyez comme on berce sous l’ardoisé. Voyez comme on mord le fruit. La nuit fait fête au cœur. Voyez comme on tourne avec la terre. Voyez comme on prend feu. Voyez comme on fredonne ritournelles.
Deux photos s’accolent pour un diptyque charnel. Pour une passion de gestes tendres. La pliure de la chambre noire déplie chambre rouge et chambre bleue, deux atria qui échangent leur sang, scellent amour dans l’infusion de baisers rouges et notes bleutée. L’œil chante sa nuit d’ivresse amoureuse. Deux photos collent leurs lèvres.

dimanche 9 mai 2010


Le déclic a tiré toute la nappe

Du miroir toute La lumière

A lui sur un coup de couleur

Possédé toute l’âme du lieu.


L’œil a marché sur la robe

Du violon mis le cœur

A l’envers soulevé le bord

De l’éternité en douce.



Lâcher le droit fil














Envie soudain de lâcher
Le droit fil la vie toute
Prête l’axe de l’essaim
De courir après la terre
Fraîche naître à la joie
Buissonnière chanter
A tue-cœur la langue
Bien haut-perchée.

samedi 8 mai 2010

l'âme verte















Le jour nous attend
Frais changé d’âme
Pour tenir au jardin
La suite des semis

Lire sur nos mains
La joie du poème
Le jour nous attend
Frais changé d’encre.

jeudi 6 mai 2010

ne pas



Tirée de l’âme pour se ficher tout droit dans l’œil, la photo cherche l’obscur soleil, le creux de l’autre œil qui va la déchirer définitivement de son premier cri, la ré-enchanter de sa chair perdue, la raccrocher à la vie. Maintenant tenue à un fil de lumière, elle peut arracher au jour l’instant.
Pourtant, devant cette photo de Michel Godeau, l’instant prête intrigue. On sent l’extrême tension du déclenchement avant de suspendre le temps. L’envie de fixer, aussi, l’entaillement de l’œil, de retarder l’après-coup, d’installer narration dans la prédation.
Alors qu’y prélever ? Qu’y lire ? Deux mots s’accommodent du flou, rabotent le mouvement : Ne pas. Et l’âme selon son penchant va se pendre au vers de Villon ou virer au fer de Calder. Grincer ou huiler l’air.
Tirée de l’âme pour pivoter dans l’œil, la photo becquette ou sculpte, sort l’oiseau de la langue. Les mots prennent garde de ne pas s’y brûler les ailes.

lundi 3 mai 2010

Un peu en absence


Je suis un peu en absence de mon blog, je suis un peu en errance sur les traces d’un ami étonnant voyageur qui m’a invité depuis quelque temps dans ses insomnies créatives.

Partant de la photo express, du déclenché téléphonique au centième, de l’instantané le plus brut, à la manière de la brève notation sur le carnet de moleskine, il capture un détail, une image, un espace, des bouts de peau de lieux, des écorchures d’instants, des pelures de lumière qu’il maroufle ensuite comme fond de tableaux, mais fond tremblé, bougé, trémulé. Des fonds, double fonds usés aux accoudements imaginaires, théâtre ferroviaire de ses bifurcations étoilées. Des contes à dormir contre le sac d’un Kerouac ou d’un Cendrars.

Et sur ces palimpsestes, il applique sa popote, ses jus de cornues, ses poudres d’escampette, ses secrets d’ébénisterie, ses touches de tintinnabulante épicerie, tous ses commerces avec les matières à portée de son chaudron poétique. Craie, aquarelle, acrylique, gros sel, sable, café, pour tenir le coup de foudre.

D’autant qu’il a appelé sa série de toiles : Métaphores et utaupies. De quoi bien semer l’escarbille dans la lessive des ciels, jeter le miroir avec l’eau du tain, de quoi bien huiler les museaux horaires. Utaupie, cet emboîtage métaphorique du petit oiseau et de la boîte noire.

Alors je suis un peu en absence, dans la fantaisie de ses stations.


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samedi 1 mai 2010

Le temps perdu


Devant la porte de l’usine

le travailleur soudain s’arrête

le beau temps l’a tiré par la veste

et comme il se retourne

et regarde le soleil

tout rouge tout rond

souriant dans son ciel de plomb

il cligne de l’oeil

familièrement.

Dis donc camarade soleil

tu ne trouves pas

que c’est plutôt con

de donner une journée pareille

à un patron?


Jacques Prévert