Il suffit d’un train
Au loin qui cliquette
Pour enlever la tête
Au moelleux des nuages
Du détour d’un vent
Un peu turbulent
Pour cueillir au passage
L’enfant du voyage
Le pousser au coin
Puis à conjuguer
A tous les temps
Le verbe rêvasser.

Aujourd’hui j’ai le cœur effondré pour dire : lisez et relisez Serge Wellens après sa mort. En effet Serge, né à Aulnay-sous-bois en 1927, vient de définitivement poser sa plume. Il habitait Marans au bord du canal avec Annie. Pendant des années il a aidé Annie dans sa librairie de
Belle vie d’homme surtout. Serge était un grand humaniste, façonné par les voyages et guidé par un engagement toujours lucide. Il cultivait comme peu l’amitié, toujours souriant, attentif et encourageant. Très pudique il vous laissait l’aborder simplement dans les salons de poésie comme celui de
Scarabée
Dans la carrosserie
D’un moins que rien de scarabée
Traînant dans moins que rien
Sa moins que rien de vie
La lune
Se trouve belle
Et tremble.
Extrait de « Les résidents » 1990
Dans l’été cruel
Des siècles qu’il n’a pas plu
Les pierres et la terre s’épousent
En leur incorruptible dureté
Mais
Il arrive qu’un oiseau
Planant au plus haut de son vol
Toutes plumes ouvertes
Traverse
L’insondable bleu d’un ciel sans couture
Et que ses ailes soient
Ne soient rien d’autre que
Les mains de Debussy
Fertiles déployées caressantes
Jouant jardins sous la pluie
Sous la pluie qui cire les pommes
Et donne à la soif
Ses innombrables noms d’emprunt.
Extrait de « Il m’arrive d’oublier que je perd la mémoire » 2006

Parce que le temps change
Ses couleurs sur ta joue
Parce que tu t'effeuilles
A fleur de lumière
Parce que tu brûles
La lingerie du givre
Parce que neige ta peau
Sur la buée de mes yeux
Parce que le temps rêve
Autour de ton visage
Parce que ton cœur nu
M’attrape à pas de loup
Parce que la bise venue
Ne feutre pas tes lèvres
Je trouve le fond de l’air
Plutôt piquant d'amour.
En 1937, Richard Rodgers et Lorenz Hart écrivent "My funny Valentine" pour une pièce donnée à New-York. Cette chanson qui moque gentiment la St-Valentin va devenir un immense standard du jazz. On va la retrouver sur plus de 1300 albums. Notamment gravée par Gerry Mulligan, Ben Webster, Stan Getz, mais immortalisée par Chet Baker qui en fera des reprises vocales de plus en plus poignantes et Miles Davis qui l'enregistrera en 1964, en donnant à cette superbe ballade des accents plus cubistes. Porteront rameaux ceux dont l’endurance sait user la nuit noueuse qui précède et suit l’éclair.
Sous cette aile déchirante
Quitter le petit jour
Dans la bouche ce noyau
D’angle ce silex matinal
Aller debout tenir
Sur cette crête d’encre
La gorge desserrée
Par ce chant d’alouette
A travers la grisaille
Avancer vers l’autre
Percer son cri semblable
Son âme charbonneuse
A notre présent nu
Enter ce scion cinglant
Aller le cœur éclairci
Sous cet essor d’encre.


Ah ! Je me vois au bord du divan velouré rouge, ayant de beaux restes de mes noirs ensoutanements, mesurant doctement la meilleure prescription, finalement murmurer : Pour votre soulagement vous me direz de Robert Desnos deux :
Je vous salue vous qui dormez
Après le dur travail clandestin,
Imprimeurs, porteurs de bombes, déboulonneurs de rails, incendiaires,
Distributeurs de tracts, contrebandiers, porteurs de messages,
Je vous salue vous tous qui résistez, enfants de vingt ans au sourire de source
Vieillards plus chenus que les ponts, hommes robustes, images des saisons,
Je vous salue au seuil du nouveau matin…
Et de Jacques Prévert trois :
Notre Père qui êtes aux cieux Restez-y
Et nous nous resterons sur la terre
Qui est quelquefois si jolie
Avec ses mystères de New York
Et puis ses mystères de Paris
Qui valent bien celui de
Avec
Et pour la prochaine fois vous lirez de Guillaume Apollinaire La chanson du mal aimé: Un soir de demi-brume à Londres…et d’Arthur Rimbaud Le dormeur du val : C’est un trou de verdure où chante une rivière…