lundi 26 octobre 2009
Blues du métro
M’enterre soudain mouvant
Dans la panse populeuse
Obscur jeté en pâture
Saisi cramponné pendu
Avalé enchevêtré
Dans la pelote des traits
Griffonnant le monde
Sans arrangement possible
Pour casser le fil des corps
Vomi à quai échoué
Je réémerge au ciel
Figure entremétisséee
Digérant le cri des autres
Embusqué dans un long slam
Epicé de bouts de peaux.
vendredi 23 octobre 2009
Blues pour Jacques Chessex

Alors qu’il était violemment interpellé, lors d’un débat consacré à son dernier livre, à propos de sa défense du cinéaste Roman Polanski, le poète et écrivain suisse Jacques Chessex a été foudroyé par une crise cardiaque. La littérature en perdant cet « ogre », surnom hérité du titre du livre qui lui a valu le prix Goncourt en 73, voit s’envoler une de ses plus grandes voix, une voix troublante, rugueuse fouillant nos parts de lumière mais surtout d’ombre, sondant les abimes de la chair comme de l’âme, une voix enragée à nommer ce qui se dérobe, sexe ou Dieu Celui qui vivait des visages, des corps, des voix tues est sorti de l’imparfait et même des formes, des images, des tableaux qu’il croyait les plus proches de l’absolu.
Grand romancier Jacques Chessex était d’abord un immense poète :
Qu’entends-tu sur le bord de la neige ?
Je n’entends rien ou ce bruit
Qui vient de mon cœur toujours tenté
De redescendre dans le rien…
Un poète parlant ainsi de l’amour :
Mon amour tu es là
Comme un feuillage clair sur la page
Et je n’ai rien reçu
De plus précieux que ce pouvoir
De te comparer à la vie.
Ou de la mort :
O Charon/ Quand je devrai passer l’eau noire
Le temps du voyage/ Laisse moi tenir mon invisible main
Cette monnaie de feuille/ Afin, serrant l’obole friable sous mes doigts raides
Qu’en ce dernier instant je me rappelle/ L’instant que je n’ai pas su vivre.
Un poète du blues dans « Allegria »
Comme Oscar Peterson égrène ses notes
D’eau fine de cascade de nocturne source
Toi fauvette au bois du cimetière/ Tu me parles
Dans la douceur d’être vivant/devant la mort.
mercredi 21 octobre 2009
Blues de La rochelle
Des chiens qui rêvent
Dans la manche des vies
Qui cuvent leur débine
Aux ruches des terrasses
Les belles dénouent nuque
Renversant le soleil
Sur le sang noir des rues.
jeudi 15 octobre 2009
La pensée
extrait de "L'appareil-photo" de Jean-Philippe Toussaint
mardi 13 octobre 2009
Blues des châtaignes
Quand chutent les châtaignes
On se pique à l’automne
D’une enfance bottée
Franchissant les sept lieues
De fables charbonneuses
Avec agneau marron
Et noir corbeau gaulé.
samedi 10 octobre 2009
vendredi 9 octobre 2009
Blues du caddie
Fouillé jusqu’à l’exit
Par le suivant qui fouine
Le plein caddie échoué
C’est ça de plus en plus
Hoche la caissière
Faut remettre en rayons
L’œil trop grand sur le vide.
mercredi 7 octobre 2009
Blues du passage à niveau
Penché contre la barrière blanche et rouge
On perçoit qu’il est trop tard pour poser l’oreille
Contre le rail écouter battre le galop
Qui raye au passage ce bel alexandrin
Attention un train peut en cacher un autre.
dimanche 4 octobre 2009
Responsable mais pas coupable...
Comme dans nombre d’affaires similaires, c’est le bras droit qu’on vient de couper à France Télécom après le vingt quatrième suicidé de la société. A la tête elle, la ministre du culte financier vient de renouveler son entière confiance.
On ne va pas larmoyer sur ce fusible sans doute déjà rebranché dans quelque boite du même acabit. Mais après avoir vu à Annecy le Lombard suer sous les caméras et les huées, comment ne pas repenser à la formule fétiche des politiques responsable mais pas coupable.
Pourtant c’est bien ce cynique qui après avoir déclaré son groupe en guerre économique, suivant la mode libérale, a développé sa stratégie de conquête, organisé en conséquence militairement ses ressources, fait dégringoler alors ses ordres de bataille, des étoilés aux sans grade des boutiques et plateformes en passant par les petits galonnés le doigt sur la couture. Pourtant c’est bien ce coupable qui s’est assis, à vingt quatre reprises mortelles, sur « son obligation générale de santé et sécurité »ainsi inscrite dans l’article L 41211 du code du travail : «L’employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs »…
Responsable mais pas coupable…Il serait trop simple cependant de ne stigmatiser que ce froid patron. Comment admettre qu’il ait fallu vingt trois suicides pour déclencher la réaction médiatique. Quand on pense à l’immédiat tollé (et c’est juste) que provoque chaque mort d’un militaire en Afghanistan, on mesure l’intolérable banalisation de la mort au travail. Le monde de l’entreprise est devenu le monde du silence coupable, de la lâcheté, de la compromission. Les valeurs collectives en décalage avec dictats de la société libérale, ont été laminées par l’individualisation qui a conduit à l’individualisme le plus cruel, à une lente insensibilisation à l’insupportable. Le management par le stress et la peur a fini par inoculer une dose mortelle d’acceptation puis de dépersonnalisation, des cerveaux disponibles à la tonte interne et externe.
Peut-on espérer que la décrépitude actuelle du libéralisme conduise à un retour des solidarités. ?
jeudi 1 octobre 2009
Blues de la conférence
roussit sa palette
foule pour Renoir
des rondeurs tardives
Une guêpe grésille
sur les fruits oblongs
tête une conférence
au grain de baigneuse.